Oh oui !

Après l’épilation : la labiaplastie

7e été sans épilation

L’élimination des parties externe du sexe féminin, une nouvelle norme « esthétique ».


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Nos campagnes contre l’épilation sont au coeur de notre combat pour la liberté sexuelle, liberté d’autant plus menacée dans nos « démocraties libérales » que la répression en la matière repose sur l’illusion de la liberté. Ce qui semble servir la liberté sexuelle (pornographie, etc.) se conçoit en fait comme outil d’une répression croissante. Ainsi en est-il de la soit-disant liberté de s’épiler, quand il est devenu impensable pour une femme de montrer ses poils.

La norme de l’épilation — d’abord exclusivement féminine, puis depuis quelques années également masculine — n’a eu de cesse de s’étendre pour coloniser de plus en plus de morceaux du corps. Avec l’épilation intégrale (voire définitive) elle atteint ses limites. Pourtant l’infantilisation du corps des femmes adultes ne va pas s’arrêter là. En effet la chirurgie esthétique prend le relais, en proposant l’ablation de tout ce qui dépasse de la fente vulvaire (des grandes lèvres).

L’épilation génitale intégrale a en effet dévoilé la vulve et les replis de chair qui — chez environ les deux tiers des femmes, selon le sexologue Gérard Zwang — dépassent de la fente des grandes lèvres. Ces replis dépassant sont constituées des nymphes (ou petites lèvres) et éventuellement du capuchon clitoridien. Ces chairs se développent à la puberté et sont spécifiques — tout comme le poil et les odeurs génitales — du sexe dans son état adulte. Voici donc maintenant ces nymphes décrétées « inesthétiques » par les profiteurs de la chirurgie esthétique et leurs vecteurs médiatiques (magazines féminins, érotiques, etc.), afin de promouvoir cette opération de labiaplastie (ou nymphoplastie).

Au delà de l’intérêt financier immédiat, ce mouvement vers l’infantilisation et l’effacement du sexe féminin s’inscrit dans la longue tradition patriarcale de soumission et de domestication des femmes et de rejet de l’animalité. Depuis 25 siècles en effet la représentation réaliste du sexe féminin est bannie, aussi bien dans l’art que dans les manuels d’anatomie. L’origine du monde de Gustave Courbet ne reste-t-elle pas encore aujourd’hui une œuvre choquante ? Comment, dans ces conditions, les femmes peuvent-elles percevoir leur propre sexe ? Laid, sale, malodorant, très éloigné de la vulve modèle, de la représentation normative privilégiée du sexe féminin : le sexe de la petite fille. En somme, l’offre esthétique viendrait légitimer une demande initialement inavouable.

De nos jours, dans les dites « démocraties libérales », ce type d’atteintes à l’intégrité physique et sexuelle (épilation, circoncision, etc.), se donne pour justification l’hygiène et/ou l’esthétique. Le propre de l’idéologie libérale étant de dissimuler les réalités (ex : répression, oligarchie) derrière des mots qui en signifient l’opposé (ex : liberté, démocratie). Mais il y a quelques dizaines d’années, lorsque la pudibonderie et la répression sexuelle étaient moralement admises et médicalement légitimées, les choses étaient exprimées franchement (il s’agissait notamment de réprimer la masturbation).

La réduction, voire l’ablation, des nymphes s’inscrit bien dans cette tradition de répression sexuelle. Passons sur les risques et inconvénients d’une telle intervention chirurgicale. Elle constitue bel et bien une mutilation sexuelle. L’aboutissement ultime de cette évolution est une pratique de soumission des femmes bien connue et encore largement pratiquée de par le monde : l’excision.