La barbe !

Coiffeur, barbier et… chirurgien ?

XIVe-XVIIe siècles

Au moyen-âge, les barbiers étaient aussi des chirurgiens : ils maniaient le scalpel comme on manie le rasoir. La profession de coiffeur n’apparaît qu’au XVIIe siècle.


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Des lames à tout faire

Alors que le chirurgien d’aujourd’hui est un aristocrate de la médecine, celui d’antan n’était pas médecin du tout, et ne se situait pas bien haut dans l’échelle sociale. Simplement, il maniait le scalpel comme on manie le rasoir. Et cette identité d’instruments induisait une identité de savoir-faire.

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Lancette Lame droite protégée par deux lames de bois parallèle (ancêtre du rasoir coupe-chou ?) utilisée pour effectuer les saignées.

Etant les seuls équipés des lames adéquates et habilités à s’en servir, les barbiers étaient les médecins du petit peuple et exerçaient sur tous une chirurgie rudimentaire, certes, mais la seule qui existât : la plupart ne sont que des rebouteux.

S’ils coupaient aussi bien la barbe que les cheveux, leur clientèle est essentiellement masculine (les femmes portant les cheveux longs n’ont nul besoin de coiffeur), et la profession est florissante car les hommes se font rarement la barbe eux-mêmes.

Faire le poil et les saignées

Enseigne de barbier
Le barbier appartenant à la Maison du Roi avait pour attributions les soins et diverses fournitures de la toilette. Les débuts de cette fonction n’ont pas laissé de traces dans l’histoire. Les chirurgiens, les premiers en date et en importance, ont été supplantés au XIVe siècle par les barbiers, puissamment soutenus par le barbier royal, tandis que le chirurgien royal, également attaché à la Cour, ne joue aucun rôle avant les temps modernes. Il faut comprendre que le barbier, tous les jours aux côtés du roi, « en avait l’oreille » alors que le chirurgien, oiseau de mauvais augure, n’avait aucune influence à la Cour.

Au cours du XVe siècle, les barbiers exploiteront la position favorable que leur confère les statuts octroyés par Charles VII : droit de « faire le poil » et la petite chirurgie. Les attributions des barbiers étaient officiellement plus larges que la simple « barberie » : ils rasaient et coupaient la barbe et les cheveux mais pratiquaient aussi les saignées, arrachaient les dents, pansaient les blessures.

Saignée
L’activité principale des médecins est de disserter en latin sur les maladies. À d’autres d’agir selon leurs prescriptions : aux apothicaires de fabriquer les mixtures idoines, aux barbiers d’effectuer les saignées, souvent hebdomadaires, qu’ils infligent à leurs patients.
Ce sont les barbiers qui s’occupent de ces besognes subalternes, transformant leur rasoir en bistouri et s’occupant d’autres intrusions annexes, comme les inévitables clystères (Louis XIV en aurait subi plusieurs milliers au cours de son existence) [1].

Séparation des barbiers et des chirurgiens

Avec les progrès des lumières et l’avancée de la médecine, les chirurgiens deviennent des auxiliaires médicaux de plus en plus spécialisés. Ils gagnent en prestige et leur corporation va tout faire pour se séparer des barbiers.
La profession de coiffeur n’apparaît qu’au XVIIe siècle : en 1637 naquit une nouvelle catégorie de barbiers, les barbiers-barbants auxquels toute pratique chirurgicale était interdite.
La séparation totale entre les barbiers et les chirurgiens n’est officialisée qu’en 1743.