La garçonne

Coiffure « à la Titus »

L’incroyable et merveilleuse mode de la coiffure courte « à la Titus », pendant la Révolution française.


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Un siècle avant la mode des garçonnes, pendant la Révolution française, les femmes se coupèrent les cheveux. Très courts. Cette incroyable et merveilleuse mode ne dura qu’une dizaine d’années.

Après les perruques, retour au naturel

Le 10 août 1792, la Convention interdit le port de la perruque au nom de l’égalité des apparences. On assiste ensuite au retour des coiffures à l’antique : cheveux naturels courts ou mi-longs, sur imitation des bustes romains. Les coiffures courtes, dites « à la Titus », « à la Brutus » ou « à la Caracalla » sont alors en vogue.

Buste de l'empereur Titus
La mode de ces coupes courtes a d’abord été masculine, amorcée par un acteur qui avait joué l’empereur Titus, en portant les cheveux courts au naturel, sur scène comme à la ville. Cette coiffure consiste en des cheveux courts et bouclés, de même longueur devant et derrière, à l’image de la chevelure arborée par l’empereur Titus sur les statues antiques.

Cependant, les origines de cette mode sont diverses : l’influence de l’Antiquité, mais aussi celle de Napoléon Bonaparte surnommé « le Petit tondu », après la campagne d’Italie en 1796, et enfin celle de madame Tallien et des coiffures « à la victime », en référence à la coupe des cheveux des guillotinées. Cette merveilleuse du Directoire, emprisonnée pendant la Terreur, aurait utilisé ses cheveux, mèche par mèche, pour faire passer des messages. Délivrée après Thermidor — d’où son surnom « Notre-Dame de Thermidor » —, elle les fit égaliser « à l’antique ». Courts, très courts. Les cheveux sont alors plaqués sur les tempes ou bouclés sur le devant et la nuque est particulièrement courte.

Un court instant de liberté

Cet élan pour les cheveux courts demeure jusqu’à aujourd’hui, avec des exceptions aux époques romantique et hippie, du moins pour les hommes. Car pour les femmes qui l’adoptent aussi, la mode ne dure que quelques années.

Cette mode est surtout un instant de liberté que les femmes s’offriront, pour un très court moment. La coupe à la Titus, illustration de l’émancipation des femmes, ne dura qu’une dizaine d’années et ne fut portée que par une petite fraction de la société. Aucun grand portrait officiel n’en témoigne, et l’on n’en trouve trace que dans les estampes de mode, les gravures satiriques et des portraits plus intimes.

La Titus donnait une allure d’indépendance : point de schall, point d’éventail, point de mari qui lui donne le bras, point de valet qui la suive ou de femme de chambre qui l’accompagne, débarrassée de tous ces accessoires fâcheux, une jeune femme du meilleur monde va le matin se promener sur le boulevard, courir pour se distraire ou faire des emplettes. Avec son petit chapeau de feutre ou de paille noire qui couvre sa masculine Titus… elle marche les pieds en dehors, la tête droite et d’un air délibéré comme un jeune homme qui quitte le lycée… Une femme entre chez un restaurateur, elle porte une redingote de drap, comme un homme, un chapeau couvre ses cheveux coupés. Elle ôte lestement ce chapeau… et fait gracieusement la toilette de sa Titus en passant les cinq doigts dans ses cheveux et en se frottant bien la tête. Le coiffeur Palette dira encore : Une femme à la Titus est une rose épanouie, elle donne l’air jeune, remplace tous les ornements, les bijoux et les plumes.

Cachez-moi cette folie !

Ces coiffures font l’objet de débats et des textes dénonçant ou louant ces modes paraissent. Le plus connu est Anti-Titus ou la Critique de la Mode des Cheveux Coupés pour les Femmes paru en 1809. Les coiffeurs y répondent, notamment par un Éloge de la coiffure à la Titus, en 1810. Cette coiffure fait polémique.

En 1858, Émile de La Bédollière écrit à ce sujet : La titus avait fait de tels ravages, qu’on ne voyait point dix femmes sur mille qui eussent conservé leurs cheveux ; elles avaient recours aux tours ou cache-folies, aux postiches en tortillons, et aux perruques à raies de chair, inventées à propos.

Les Titus et les Cache-folie

Plus récemment, Sabine de La Rochefoucauld raconte : Les jeunes femmes ayant commis l’imprudence de la coupe à la Titus, effondrées d’avoir cédé aux sirènes de la mode, porteront un “cache folie” : une perruque qui dissimulera leurs cheveux trop courts. D’autres se couvriront d’une perruque courte nommée Titus, ainsi les élégantes pourront suivre la mode sans pour autant couper leurs cheveux mais les dissimulant.

Il faut attendre un siècle pour que les femmes puissent à nouveau couper leurs cheveux à leur guise… de façon plus durable, d’abord dans les années folles, puis à l’époque actuelle.

Photos

  • L'acteur Talma dans le rôle de Titus
  • Bonaparte
  • Madame Arnault de Gorse
  • Coiffure « à la Titus »
  • Coiffure « à la Titus »
  • Tête à demi tondue
  • Madame Tallien, rescapée de la Terreur
  • Johanna et Adele Schopenhauer
  • Coiffure « à la Titus »
  • Coiffure « à la Titus »