Poil à gratter

De la libération sexuelle au « sexy »

Mai 1968 - mai 2008 — 4ème été sans épilation


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Chez les femmes féministes des années 1970 une revendication centrale était le droit de ne pas avoir à être en permanence sexuellement attirante (« femme-objet »). L’épilation était à refuser au même titre que les bas ou les talons aiguilles.

Or la jeune femme d’aujourd’hui qui s’épile intégralement, loin de voir une quelconque contradiction entre sa pratique et les idées féministes, la considère comme un élément indispensable de la panoplie identitaire de la femme sexuellement libérée. Cette représentation de la liberté sexuelle est probablement à mettre en rapport avec la banalisation de la consommation de pornographie. De manière générale, le modèle normatif de la femme « libérée », « active », s’est aujourd’hui paradoxalement confondu avec le modèle normatif de la femme « féminine ». Soucieuse de son apparence jusqu’à mettre sa santé en péril (notamment anorexie). Ce modèle n’est pas sans rapport avec les images publicitaires. Ainsi les contraintes nécessitées par ce souci permanent de l’apparence (temps, argent, souffrance) ne sont plus vécues comme autant d’humiliations.

Il ne s’agit d’ailleurs plus d’être sexuellement libérée, mais seulement d’être perçue comme telle. L’épilation est associée à l’image de la femme libérée : il s’agit de signifier quelque chose, peu importe au fond si l’on a une vie sexuelle riche et épanouie.

La liberté sexuelle était l’une des revendications fondamentales du mouvement de mai 1968. Elle a débouchée d’une part sur les actions en faveur des droits sexuels des femmes (avortement, contraception) et des homosexuels et d’autre part sur les communautés pratiquant « l’amour libre » et le style de vie « hippy ». Or aujourd’hui l’image de la femme « sexy » (épilée, maquillée, à la mode, etc) est aux antipodes de ce qui pouvait être considéré comme une invitation à l’amour dans les années post-68. Cette opposition est révélatrice de la pathologie sexuelle de la société contemporaine. La génération porno n’hérite pas de la génération hippie, elle en est le négatif, autant que la consommation et l’artificiel s’opposent à l’amour du naturel et de la nature.

Aujourd’hui une femme n’a pas légitimement le droit de signifier sa disponibilité sexuelle par d’autres moyens que la mode vestimentaire. Elle ne peut le signifier par ses propos, son émotivité, ses odeurs... Toute expression authentique et corporelle du désir sexuel est bannie. À l’inverse le « sexy » est autorisé car il intègre l’inhibition de notre corporéité, de notre animalité. Être « sexy » c’est non seulement se conformer à une mode, influencée par la pornographie dominante, mais c’est aussi endosser une panoplie répressive. C’est pourquoi nous pouvons voir l’épilation comme un symptôme de la répression sexuelle.