Actus — Avril 2011

Duékoué, une ville en deuil

Côte d’Ivoire


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À la mission catholique de Duékoué, une ville située dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, les femmes au crâne rasé sont partout ; se raser le crâne est un rite funéraire que les populations réfugiées à la mission continuent d’observer. Elles ont dû renoncer à bien d’autres rituels de ce type, notamment aux enterrements en bonne et due forme, de craintes de subir de violentes attaques comme celles qui les ont forcées à fuir et à abandonner leurs domiciles, dans cette ville ou dans les villages voisins.

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Famille endeuillée, en Côte d’Ivoire, 2011 À la mission catholique de Duékoué, de nombreuses femmes ont le crâne rasé en signe de deuil

« Je n’ai même pas pleuré, » raconte Bah Bonao Sidonie, 41 ans, dont le petit-fils d’un an est récemment décédé à la mission, après un bref épisode diarrhéique. « Les gens ne voulaient même pas que je pleure. On m’a dit, “non, il ne faut pas pleurer — ici, nous sommes déjà préoccupés par notre situation, donc il ne faut pas pleurer” ».

À la mission, de nombreux habitants, décédés des suites de maladies ou de blessures, n’ont pas été enterrés dans le respect des coutumes, de craintes d’attaques armées ; le cimetière est en effet situé près d’un quartier où des centaines de personnes ont été tuées à la fin du mois de mars. Dernièrement, les corps de quatre personnes décédées des suites de maladies à la mission ont été déposés à proximité, pour être recueillis par les travailleurs humanitaires ou les Casques bleus stationnés à Duékoué, qui aident régulièrement les familles à enterrer leurs morts.

À la mort de son petit-fils, Bah avait déjà le crâne rasé. Trois de ses frères avaient en effet été tués au Carrefour, un quartier de Duékoué, en mars, « quand des soldats [des forces anti-Gbagbo] sont venus ». Elle a enterré l’enfant elle-même, seule.