Têtes d’affiche

Elizaveta Bulokhova

Mannequin canadienne

« Je me sens belle, donc je suis belle. J’aurais seulement souhaité avoir compris ça avant. »


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Après ses études de droit, Elizaveta Bulokhova devient mannequin. Pendant sept ans, elle défile au quatre coins de la planète. En mai 2014, lors d’un week-end en amoureux, sa mâchoire commence à enfler sans raison. Une forme rare de cancer des os est diagnostiquée. À 24 ans, alors qu’elle est enceinte, Elizaveta doit être opérée avant d’attaquer cinq cycles de chimiothérapie. Un avortement thérapeutique est recommandé, le bébé risquant, s’il survit, de mal se former.

Durant 16 heures, les chirurgiens enlèvent la tumeur et sa mâchoire puis la reconstruisent grâce à des greffes d’os, de veines, de nerfs et de peau de sa jambe et de son épaule. En tout 17 cm — soit 95 % de sa mâchoire — lui sont retirés. Il lui faut longtemps avant d’oser se regarder à nouveau dans un miroir. Sa carrière est terminée, mais le bébé survit. Des complications retardent la date de la première chimio. Le couple décide alors de sauver le bébé, en l’accouchant prématurément par césarienne, avec dix semaines d’avance. La naissance de Valentin est accueillie comme un miracle.

Dix semaines sans ouvrir la bouche et plusieurs mois de chimiothérapie plus tard, les cheveux d’Elizaveta commencent à repousser. Elle a encore du mal à parler parce qu’elle n’a plus toutes ses dents. Quand son cancer sera en récession, dans quelques années, elle bénéficiera d’une chirurgie reconstructive plus complète.

Après ces quatorze mois de lutte, qui ont radicalement changé sa vie, l’ancienne mannequin choisit de se réapproprier son image grâce au photographe Manolo Ceron : « Je voulais seulement me retrouver devant la caméra et me rappeler comment je me sentais avant, même si c’était seulement pour un jour, de faire semblant que rien n’avait changé dans ma vie, que je faisais encore ce que j’aime. » Ceron explique : « Son visage raconte une histoire, et tout le reste n’est qu’un moyen d’intensifier sa beauté et sa force. Ça montre combien nous sommes fragiles et beaux. C’est difficile d’énoncer un message clair, mais on y trouve beaucoup d’espoir et de force. J’espère que de nombreuses personnes ayant survécu au cancer pourront y trouver quelque chose. »

De son fils, elle dit : « Il ne m’a laissé aucun répit, ce qui était une bonne chose. Ça m’a permis de continuer. Je pense que si je n’avais pas été enceinte, j’aurais été traitée comme n’importe quel·le patient·e qui a le cancer et qui a besoin d’une opération. C’est lui qui s’est occupé de moi, finalement, forçant tout le monde à faire de même. »

Sa définition de la beauté a elle aussi beaucoup changé suite à cette épreuve qui laisse des cicatrices sur le corps : « Toutes les imperfections font de vous ce que vous êtes. Vous devenez fière de vous comme personne et ça devient beaucoup plus important, cette force intérieure et cette habileté de passer par-dessus les obstacles. » Elle ajoute : « Ma personnalité est ce qui fait que je suis moi, pas mon apparence. Je me sens belle, donc je suis belle. J’aurais seulement souhaité avoir compris ça avant. »

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