Têtes d’affiche

Gabrielle Russier

Professeur de lettres (1937-1969)


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Cette belle professeur de lettres à cheveux courts enseigne au lycée Saint-Exupéry de Marseille. Séparée de son mari elle élève seule ses deux enfants dans un logement des quartiers nord. Elle a pour élève Christian Rossi qu’elle retrouve dans les manifestations d’après-mai 68. L’amour s’installe entre eux alors que Christian est en fin de seconde.

Ses parents, enseignants à l’université d’Aix-en-Provence, ne s’étaient tout d’abord pas opposés à leur relation, mais finissent par en prendre ombrage. Christian, alors âgé de 16 ans, fugue et s’enfuit en Allemagne. Ses parents portent plainte pour détournement de mineur. Gabrielle est arrêtée et emprisonnée.

L’affaire bouleverse la France de l’été 1969

Les parents de Christian le font interner en asile psychiatrique au printemps 1969. Le procès a lieu en juillet. Gabrielle est condamnée. Elle vit très mal cette situation et se suicide au gaz le 1er septembre.

Gabrielle Russier dans un parc de Marseille, avant le drame.

L’affaire est un tel choc que le nouveau président — Georges Pompidou, qui a promis aux Français « une nouvelle société » —, interrogé sur l’affaire lors de sa première conférence de presse, répond, après un long ­silence, en citant Paul Éluard : « Comprenne qui voudra, Moi, mon remords, ce fut la victime raisonnable au regard d’enfant perdu, celle qui ressemble aux morts qui sont morts pour être aimés », avant de quitter la salle.

Mourir d’aimer

L’histoire de Gabrielle inspire les artistes. En 1970, André Cayatte tourne Mourir d’aimer, avec une Annie Girardot extraordinaire dans le rôle de la jeune femme. L’intrigue, dont Charles Aznavour s’était déjà inspiré pour sa célèbre chanson Mourir d’aimer, décrit la passion amoureuse née entre les barricades et les embrassades de mai 1968. Le film fait polémique, mais c’est un grand succès.

Mourir d’aimer
De plein gré s’enfoncer dans la nuit
Payer l’amour au prix de sa vie
Pécher contre le corps mais non contre l’esprit

Laissons le monde à ses problèmes
Les gens haineux face à eux-mêmes
Avec leurs petites idées
Mourir d’aimer

Serge Reggiani chantait aussi (1970) :

Qui a tendu la main à Gabrielle ?
Lorsque les loups se sont jetés sur elle
Pour la punir d’avoir aimé d’amour
En quel pays vivons-nous aujourd’hui ?
Pour qu’une rose soit mêlée aux orties
Sans un regard et sans un geste ami

comme Anne Sylvestre :

Le printemps déplie ses feuilles
La liberté nous berce encore
Nous qui sommes toujours dehors
Il se pourrait bien que l’on veuille
Nous couper les ailes aussi