Bouquins

La chevelure sacrifiée

Roman de Bohumil Hrabal — 2003

C’est le jour où elle décide de sacrifier ses cheveux qu’éclate le véritable scandale.


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Un coin du passé revit ici par la grâce de l’amour et de la mémoire. La voix de Maryska — la narratrice qui est aussi la mère de Hrabal — nous restitue une petite ville de Bohême du début des années vingt et la brasserie voisine, la malterie, le germoir, la cour où l’on grille le malt et où on goudronne les tonneaux. C’est, dans un propos lyrique, cocasse, débridé, une plongée dans l’immédiat des sensations, des odeurs et des bruits.

Cette histoire est aussi celle du couple que forment Maryska et Francin : la jeune femme débordant de santé, fantasque, gloutonne, ne résistant jamais aux cochonnailles et à la bière, aux côtés d’un homme certes amoureux, mais délicat, timoré, soucieux de bienséance. En dépit de tout ce qui paraît immuable dans la petite ville, la vie moderne entre par maintes brèches. Francin rapporte de Prague de curieux appareils électriques, les habitants sont convoqués à l’hôtel de la grand-place pour entendre leur première émission de radio.

Frappée par ce raccourcissement des distances, Maryska raccourcit d’abord sa jupe, puis les pieds de ses chaises et la queue de son chien. Mais il reste sa chevelure flamboyante, objet de sa fierté et de l’adoration de Francin. C’est le jour où elle décide de sacrifier ses cheveux pour être coiffée comme Joséphine Baker qu’éclate le véritable scandale.