Histoire

La tonte dans les camps de concentration

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, le système concentrationnaire nazi fut une terrible machine à tuer. La tonte des cheveux était systématique à l’arrivée dans les camps.


Partager cette page :

  • Envoyer cette page par courriel
  • Imprimez cette page
  • 1 ❤

JPEG - 127.5 ko
Le costume de femmes qui viennent d’être sélectionnées pour le travail à Auschwitz et qui ont été rasées et tatouées.

Le « Lauf Kontroll »

À l’arrivée dans les camps, puis régulièrement, les déportés ont le crâne rasé. C’est une mesure nécessaire en période d’épidémie, quand la population des camps et de leurs abords est ravagée par le typhus, dont le pou est le principal propagateur. « Ein Laus - Dein Tod » proclamaient les affiches placardées un peu partout, c’est-à-dire : « Un pou = ta mort ».

Par la suite, les détenus sont régulièrement inspectés et tondus avant d’être désinfectés. Le « Lauf Kontroll » (contrôle des poux) était une nécessité évidente vu l’absence totale d’hygiène.

JPEG - 23.6 ko
Tonte au camp de déportation d’Oranienburg-Sachsenhausen (Allemagne)

Les cheveux étaient tondus et chacun portait au milieu du crâne, de l’avant à l’arrière, une « strasse » d’environ 4 cm de largeur, soigneusement rasée, qui marquait les détenus afin de rendre leur évasion difficile.

Tondre pour dépersonnaliser

La tonte, la nudité, étaient surtout un moyen d’humilier et de dépersonnaliser, pour détruire les déportés :

« On nous fait déshabiller complètement, mettre tout nus. […] Puis nous entrons dans un deuxième hall, au plafond duquel pendent une cinquantaine de fils. Au bout, un cliquetis. On nous fait monter sur des escabeaux. Ce sont des tondeuses. Et on va nous raser, nous tondre, nous mettre à nu, de la tête aux pieds, les cheveux, la barbe, les moustaches, tout le corps, même les parties les plus intimes seront passées à la tondeuse. Ces tondeuses qui en ont déjà dépouillé des milliers et des milliers. Et alors, nous ne reconnaissons même plus le camarade qui était devant nous. Nous ne reconnaissons même plus l’ami avec lequel nous avions souffert et avec qui nous avions juré de ne plus nous séparer. Nous ne nous reconnaissons plus. »
Témoignage d’Armand Giraud, résistant vendéen déporté à Buchenwald en 1943.

« Arbeit macht frei »

Le travail rend libre. Cette devise, forgée dans le fer, était le message de bienvenue surmontant l’entrée des camps (Dachau, Auschwitz).

GIF - 50.7 ko
Appel (Roll Call) à Auschwitz-Birkenau.
Peinture de Jan Komski, rescapé d’Auschwitz.
Lorsqu’ils ne sont pas aussitôt exterminés, les déportés doivent travailler pour le compte de la S.S. (Schutz Staffel) dans des carrières ou des gisements d’argile, et puis pour l’industrie allemande.

Après la tonte, ils reçoivent alors la tenue rayée, et portent sur la poitrine un triangle [1] ou une étoile jaune. Un numéro de matricule est tatoué sur l’avant-bras gauche. Dormant nus, parqués dans une grange, tels des animaux, sous-alimentés, ils forment bientôt une colonne squelettique qui se dirige au travail.

La durée de survie dans les camps et d’environ 9 mois. C’est selon les comptables SS, la durée de détention la plus rentable : le détenu arrive, on prend ce qu’il a sur lui, on lui coupe les cheveux pour en faire du feutre, on le fait travailler pendant neuf mois, et ensuite, on renouvelle.

Cela n’empêche pas les brimades et les humiliations, les tortures (coups, ongles et cheveux arrachés, mutilations), ou les exécutions sommaires.

En fin de journée, les Kommandos de travail d’hommes rentrent au camp, en portant leurs morts. Comme ils peuvent à peine se traîner eux-mêmes, ils sont relevés à coups de crosse ou à coups de botte, chaque fois qu’ils s’affaissent.