Dans l’armée

La tonte militaire, un rite initiatique

En entrant dans l’institution militaire, le jeune doit laisser à la porte son passé, sa personnalité, son statut social, et tout élément susceptible de freiner son intégration dans le moule militaire.


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Pendant longtemps la coupe de cheveux faite à l’incorporation des jeunes appelés (comme à celle des jeunes engagés d’ailleurs) correspondait à des impératifs d’hygiène et de sécurité : port du casque, du masque à gaz, lutte contre les poux, etc.

De longs à courts

Tonte d'incorporation au VMIJe me souviens d’un copain portait les cheveux longs depuis l’enfance et ne les avait jamais coupé. Lorsqu’il a du faire son service, il a appris qu’il serait obligé de les raser. Il a tout fait pour éviter cela, pour obtenir une dérogation, pour être exempté. Finalement, il s’est retrouvé tondu. Je n’ose pas imaginer ce que cela a du représenter pour lui. Cela le préoccupait tant, que c’est sans doute un drame qui s’est joué là pour lui. Étant donné qu’il portait les cheveux longs depuis toujours, sa chevelure devait faire partie intégrante de son identité.

Pourquoi lui a-t-il été obligé de tondre, si dans la même situation les filles en sont dispensées ??? Qu’en est-il des nécessités pratiques et hygiéniques ?

Un rite initiatique

Tonte d'incorporation à WespointCette fameuse coupe de cheveux a surtout un rôle psychologique : en entrant dans l’institution militaire, le jeune doit laisser à la porte son passé, sa personnalité, son statut social, et tout élément susceptible de freiner son intégration dans le moule militaire.

Car s’il n’avait s’agit que de donner une allure « virile », uniforme et propre à nos soldats on aurait pu leur faire une coupe de cheveux courte (mais pas trop) et « élégante ». Y passer une heure ou deux dans cette période d’incorporation où le temps est si long à passer n’a pas d’importance.

La tonte représente réellement un passage déstructurant de la personnalité, mais aussi un rite initiatique. C’est en sortant de chez le coiffeur que les jeunes qui étaient si disparates se retrouvent être déjà presque des soldats (l’habit fait le moine).

Règlement militaire et conformisme

L’armée n’est pas le lieu de l’exception et c’est bien normal : on ne peut pas faire marcher une troupe dans le même sens en vue d’un objectif commun (défendre le pays) dès lors que l’on commence à trop tenir compte des particularismes de chacun.

Mais c’est aussi le lieu du conformisme à outrance. Et le conformisme de base ne veut-il pas que les femmes aient les cheveux longs, et les hommes courts ?

Je me suis laissé penser que le règlement militaire n’était finalement qu’un reflet en concentré des règlements sous-jacents à une société donnée (=> filles / cheveux longs / rose, garçons / cheveux courts / bleu). Au risque du cliché dénué de bon sens. Elle est peut-être là la réponse. Même si le résultat est une aberration en soi.

Malgré tout, on comprend bien la nécessité d’un règlement, de repères stricts (ces foutus clichés), de l’uniforme, et de rites initiatiques de passage, dès lors qu’il s’agit de gérer un groupe, de fédérer une troupe d’hommes (et de femmes), qui plus est en vue d’un objectif sans doute noble, mais qui peut s’avérer dur et qui nécessite donc de ne pas tergiverser avec des détails, avec des particularismes individuels trop marqués.

Un moment de la vie d’une nouvelle arrivée au VMI : une sorte de comité d’accueil est chargé d’éprouver les nerfs des « bleus » en leur hurlant des ordres.

La limite pour basculer dans la négation de la personne, le fascisme n’est pas loin… La tonte militaire comme rite initiatique et dépersonnalisant n’est d’ailleurs pas sans rappeler le rôle des tontes systématiques à l’arrivée dans les camps de concentration pratiquées dans le but d’humilier et de réduire à l’identique.

L’exception féminine

À l’inverse de cette volonté d’uniformiser par la tonte, l’exception de traitement à l’égard des femmes semble marquer la volonté de les tenir à l’écart.

La majorité des femmes militaires regrette de ne pas être soumise à ce même rituel. Et comme cela ne leur est pas imposé, elles ne forcent pas les choses et se contentent d’appliquer le règlement. Bien évidement il en résulte une différence de statut, que les garçons ne manquent pas de mettre en avant…

Spot publicitaire (Viennetta de Miko) montrant la tonte d’une jeune fille s’engageant dans l’armée : seule la publicité montre ce que nous aimerions voir !

L’armée, avec ses règlements, ses clichés accentués, est finalement symptomatique d’une société donnée… Le conformisme qui impose les cheveux longs (et le rose) aux filles, les cheveux courts (et le bleu) aux garçons y sévit tout autant, en dépit du bon sens et des nécessités pratiques et hygiéniques.