Histoire

Le crâne rasé de l’Égypte Antique à nos jours

De la beauté incarnée au ritualisme

Obligation ? Fanatisme ? Plaisir ou jeu de séduction ? Au-delà des clivages courants, le crâne rasé a bien des avantages, qu’aujourd’hui, dans notre société moderne, nous avons réellement perdu.


Partager cette page :

  • Envoyer cette page par courriel
  • Imprimez cette page

Dans la nuit des temps, les femmes égyptiennes portaient le crâne rasé.

Buste de la reine Néfertiti : sous la coiffe, le crâne est parfaitement lisse
Sublimation de l’image, désir de séduction, mimétisme, la première femme au crâne rasée était simplement la femme du Pharaon, la femme de l’Etat.

Quel avantage d’avoir le chef ras ! Hygiène, sensation intense… Le crâne, partie la plus haute du corps, était un lieu de haute décision. Porter une couronne d’une telle manière annonçait que la reine allait prendre des décisions force de loi, porter une autre couronne annonçait le début des festivités. Comme tout autre partie du corps, le crâne devait pouvoir être habillé et changé quand bon semblait.

Outre le double rôle esthétique et décisionnel, le port du crâne rasé avait également des vertus hygiéniques. Pas de parasites (poux) ou autres organes vivants indésirables et fréquents durant à cette époque, car ce n’est que depuis le milieu du 20e siècle que l’on a totalement éradiqué ce problème, et encore…

Cléopâtre, la « première dame d’Egypte »

Liz Taylor
Qui ne connaît pas Cléopâtre ? dignitaire et prestigieuse descendante de la famille des Ptolémées ; concubine et femme de nombreux chefs d’Etat Romain. Lise Taylor qui a incarné Cléopâtre au cinéma, n’a pas souhaité pousser le mimétisme avec la grande reine jusqu’à se raser le crâne. Cependant, bien que le rôle ait été joué à merveille, il ne faut pas oublier que la reine, le pharaon de toute l’Egypte du Nord et du Sud jusqu’en Syrie, avait le crâne poli comme un sou neuf.

Miroir du Moyen Empire
Cela faisait partie de la toilette quotidienne que d’entretenir la brillance et l’hygiène de son crâne. Ainsi, des petites perruques simples pour les moments intimes au sein des palais, jusqu’aux grandes coiffes ornées de plumes d’autruche, de bijoux d’or et de pierreries, en passant par de longues chevelures mêlant fils d’argent, d’or et autres ornements, Cléopâtre, la reine des reines, dirigeait le pays en partie avec ses coiffures impressionnantes, parfois extravagantes ou exubérantes.

A un niveau inférieur, que ce soit dans la bourgeoisie ou chez le peuple, le crâne rasé était également de coutume.

Exemple de coiffe féminine
Fortement conseillé par les médecins en prévention contre les infestations parasitaires ou contre toutes autre maladie, le crâne rasé était courant. Il ramenait en outre toute personne au même rang. Seul le nombre de perruques ou de couvre-chef indiquait le degré de réussite sociale.

Les enfants avaient eux aussi le crâne rasé, avec juste une natte sur le côté. Cette natte symbolisait, lorsqu’enfin elle était rasée, le passage de la vie d’enfant à la vie d’adulte. La libération de la tête afin que la lumière puisse enfin éclairer les pensées raisonnées de l’être humain.

Les années se suivent… et se ressemblent.

Le crâne rasé, quelque soit l’époque, a toujours été d’actualité. Encore plus ou moins porté dans les pays du sud du globe, la modernisation sociale et culturelle en ont quelque peu modifié, surtout depuis le début du 19e siècle, la pratique dans les pays industrialisés. La tête et le crâne n’ont plus l’importance d’autrefois. Bien au contraire !

Survivance de pratiques ancestrales ?
Les stéréotypes ont changé : ils se sont inversés. « Cachez-moi ce que je ne pourrais voir ! », telle pourrait désormais être la devise. Tout comme les parties intimes de l’anatomie humaine, il est devenu indécent de ne plus avoir la tête non couverte par des poils. Aujourd’hui une réussite sociale est obligatoirement liée à une chevelure dense et éclatante, et l’on sacrifie au culte du cheveu, sa brillance, son volume… Une tête rasée étant alors considéré comme une régression, un signe de pseudo sous-développement humain. Or, ce n’a pas toujours été le cas comme l’histoire nous le rappelle !

Si l’on observe d’un peu plus près les diverses civilisations actuelles, on remarque aisément que les cheveux courts ou le crâne rasé ne sont que la perpétuation d’une tradition ancestrale, de la même façon que les tatouages, les piercing et autres attributs qui ont pour unique vocation d’améliorer l’image de l’homme.

Qui sait ? peut-être qu’un jour nous reprendrons cette habitude. En attendant, les stéréotypes actuels de la « féminité » n’incluent pas le crâne rasé, et le geste de se raser les cheveux reste marginal. Dommage…