Bouquins

Le dernier des Iroquois

Roman de Joseph O’Connor — 2000


Partager cette page :

  • Envoyer cette page par courriel
  • Imprimez cette page

« Les cheveux d’Eddie, c’était quelque chose. »
« Eddie Virago n’était pas dans son assiette. »
« Eddie Virago était seul avec sa guitare et son ego. »
En quelques phrases tout est dit.

Avec sa crête d’Iroquois, Eddie a vraiment un look d’enfer. Et il a les mêmes santiags que Dick Rivers. Son credo : « I wanna be a rock star ». Eddie Virago, 24 ans, guitariste, quitte son Irlande natale, plein de rêves et d’illusions, pour chercher à Londres la gloire qu’on lui a toujours prédite.

Sur le bateau qui le mène vers sa terre promise, il s’éprend d’une jolie fille appelée Marion. Elle aussi quitte l’Irlande pour Londres. À peine débarqués, ils s’installent ensemble dans un petit hôtel londonien.
Très vite, la réalité les rattrape.

La vie ne se montre pas franchement rose pour notre punk fébrile. Il crèche là où c’est possible, prend les jobs pas très glorieux en attendant une hypothétique heure de gloire qui n’arrivera jamais. Ils sont confrontés à toutes sortes de désillusions : Eddie s’avère piètre guitariste. Incapables de faire face à ces déceptions, Eddie et Marion s’enferrent dans des mensonges à répétition qui ne font que les éloigner chaque jour davantage jusqu’à l’ultime trahison d’Eddie.

Admirablement rythmé, Le dernier des Iroquois nous plonge au cœur de la vulgarité, mais sans jamais l’être. La recette : O’Connor use avec virtuosité d’un humour décapent, comparable à celui des frères Coën, ces grands fans des imbéciles heureux et des ratés définitifs. Le résultat est percutant pour ne pas dire scalpant. Technikart

Joe O’Connor brosse un portrait précis, à la fois émouvant et drôle, d’une jeunesse qui, persuadée que la vie sera plus facile ailleurs, se retrouve confrontée à de nombreuses désillusions, qu’elle tente d’oublier dans la drogue, l’alcool, le sexe et le mensonge.

L’auteur recrée admirablement l’ambiance de la communauté irlandaise de Londres. Une sorte de microcosme où tous se connaissent et se retrouvent dans des pubs irlandais avec pour principal sujet de conversation la situation politique du pays.

Eddie Virago est l’anti-héros par excellence et tout le talent de l’auteur est d’arriver à le rendre attachant en dépit de ses exécrables défauts. Derrière l’individu imbu de lui-même, qui fait souffrir tous ceux qu’il croise et ment comme un arracheur de dents, on devine un être profondément marqué par le divorce de ses parents, totalement perdu et incapable d’exprimer ses sentiments.

La crête d’iroquois d’Eddie symbolise son désir d’exception, sa rébellion, en un mot son spleen. Les états d’âme d’Eddie s’y répercutent physiquement. Elle oscille au gré de son moral : un coup de blues et la voilà qui pend lamentablement, l’espoir renaît et elle retrouve toute sa splendeur. Le jour où il se décide enfin à la raser c’est comme s’il se débarrassait d’un coup des fantômes de son passé. Raphaëlle