Histoire

Le rapt de Radisson-Orimha

Pierre Radisson, un français qui a émmigré à Trois-Rivières (au Québec), n’a que 12 ou 16 ans, lorsqu’il est capturé par les Iroquois qui l’amènent dans leur territoire, et l’adoptent [*].


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Radisson est fait prisonnier en 1653 avec deux de ses amis. Ces derniers sont rapidement tués sous ses yeux de façon assez brutale. Malgré sa frayeur, il sent qu’il est traité avec plus de délicatesse. Il était de tradition de déshabiller les prisonniers avant de les tuer, mais Pierre, après l’exécution de ses amis voit son linge lui être rendu. On lui graisse même les cheveux, on le peigne et on le nourrit. Est-ce pour mieux le torturer à l’arrivée dans le territoire Iroquois [1], est-ce pour d’autres raisons ?

Durant tout le trajet en canot (et à pied en forêt), le jeune Radisson garde courage, même si sur la proue du canot où il doit ramer sont attachés les scalps sanglants de ses deux amis. Au cours du voyage, d’autres groupes d’Iroquois les rejoignent, qui ont eux aussi des prisonniers et des scalps.

Rapt de Radisson-Orimha

L’arrivée au village

Grand énervement autour de ces guerriers victorieux qui amènent des prisonniers et qui vont fournir de la distraction pour plusieurs jours. En effet, tous les prisonniers sont déshabillés et doivent passer un à un dans une sorte de « haie de la douleur » : les guerriers forment deux rangées entre lesquelles les prisonniers passent le plus vite possible, car ils reçoivent des coups de bâton, de couteau, de pierre ; ils sont souvent accrochés, chutent et doivent se relever. Chaque prisonnier reçoit un traitement unique. Chacun passe cette haie après que l’autre l’ait complètement traversée. Pierre assiste à ce spectacle d’horreur et attend son tour terrorisé.

Une vieille dame sort des rangs. Elle prend Pierre avec elle, l’amène dans sa tente, l’habille avec une couverture et lui donne à manger. Il est sauvé.

Orimha

Cette vieille Huronne a déjà été prisonnière et elle aussi adoptée par les Iroquois. Elle a épousé un guerrier Iroquois, lui a donné 9 enfants et vient de perdre son petit dernier, Orimha, dans une bataille avec une autre tribu. Elle est convaincue que l’esprit de son fils mort est retourné dans le corps de Radisson.
Radisson est adopté par la communauté et se nomme maintenant Orimha. Il est traité comme un fils de chef. Il reçoit même un petit mousquet pour chasser. Comparativement à la vie de durs labeurs qu’il vivait à Trois-Rivières, Radisson était bien traité et ne s’ennuyait pas du tout.

Mais après un certain temps, il commença à regretter les siens. L’idée de s’enfuir le hantait, mais comment faire ? il ne connaissait pas le chemin de retour [2].

L’expédition de chasse

Iroquois

Un jour l’occasion se présenta. Trois chasseurs de son village lui demandèrent de l’accompagner dans une expédition de chasse. Malgré le refus de sa mère, Pierre accepta. Après quelques jours, nos quatre chasseurs rencontrent un chasseur solitaire Algonquin [3]. Ce chasseur raconte en langue Iroquoise qu’il a été lui aussi adopté par des Iroquois et que son chien vient de se faire tuer par l’ours qu’il chassait et qu’il aimerait continuer avec eux. Il est immédiatement accepté.

Le soir venu, pendant que les trois Iroquois préparent le repas et construisent un abri, Pierre et cet Algonquin s’éloignent. L’Algonquin dit alors à Pierre qu’il rêve de s’enfuir lui aussi. Pierre pense que ses trois compagnons iroquois vont refuser. Son nouveau compagnon, retrouvant sa haine naturelle contre les Iroquois, suggère de tuer les trois guerriers durant leur sommeil.
Pierre est tourmenté par l’offre mais évalue que c‘est sa seule chance de retrouver les siens. Il accepte. Le tout se fait rapidement à la hache [4]. L’Algonquin préléve les trois scalps et les corps sont jetés à la rivière.

La fuite...

Ils prennent un canot et se dirigent vers le nord. Ils ne voyagent que la nuit et se cachent le jour, persuadés que toutes les tribus Iroquoises les chassent. Leur fuite dure des semaines. Ils arrivent finalement dans le St-Laurent.

Après quelques nuits, ils arrivent au petit matin à l’endroit exact où Pierre a été fait prisonnier : il est alors à un jour d’aviron de chez lui. Le jour se lève et comme à l’accoutumée, Pierre s’arrête pour se cacher et dormir durant le jour, pour être en forme pour la dernière nuit de canot de son effrayante fuite. Son compagnon le convainc de laisser la prudence de côté : s’ils le veulent, ce soir, ils pourront souper avec leur famille. Radisson accepte.
Il avironne en imaginant l’expression de ses parents, qui le croyant mort, vont le voir arriver tel un revenant sur la rivière. Il en est très ému et néglige la prudence élémentaire. Il rêvasse...
Mais la réalité s’impose à lui : une flottille de gros canots remplis d’Iroquois arrive vers eux.