Histoire

Le scalp chez les Iroquois

Jusqu’au XVIIe siècle

Le scalp pratiqué par les Amérindiens n’est pas, contrairement à ce qu’on a longtemps pensé, un simple trophée de guerre.


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Iroquois
On a souvent longtemps cru que les Iroquois [1] avaient un goût inné du sang et de la torture. En réalité, la guerre avait d’abord pour objectif la survie du clan et les rapports entretenus avec les captifs étaient plus complexes qu’on ne le croit.

Adopter des prisonniers pour survivre

Quand un clan perdait certains de ses membres, de maladie ou d’autre chose [2], il devait trouver un moyen de les remplacer. Lancer une attaque relevait d’une stratégie — souvent décidée par les femmes — visant à capturer des prisonniers pour les intégrer à la communauté. Au retour, c’était encore aux femmes de choisir quels prisonniers seraient adoptés et lesquels seraient abandonnés à leur sort (utilisés comme esclaves ou exécutés). Ces adoptions visaient essentiellement à remplacer les membres du clan récemment décédés et les prisonniers étaient intégrés à la famille, à la place de celui qu’ils remplaçait. (Lire : Le rapt de Radisson-Orimha).

Quoique radicale, cette méthode a permis à la population Iroquoise de demeurer stable, avant l’arrivée des Blancs.

L’attaque éclair

Les Amérindiens effectuaient le plus souvent des raids dévastateurs, technique qui consistait à attaquer le village ou le camp ennemi très rapidement, à des heures souvent inhabituelles, en brûlant, pillant, rasant et scalpant à tour de bras. Déterminés à vaincre ou à périr, « ils fracassaient, à coups de lourdes massues, le crâne de tous ceux qui tentaient de leur opposer une résistance ».

Guerrier Iroquois

Les victimes scalpées étaient des hommes et des adolescents en âge de se défendre mais aussi des prisonniers susceptibles de ralentir la marche du groupe sur le chemin du retour. Le scalp était une preuve de la mort de l’ennemi, moins encombrante que son cadavre. Mais ce n’est pas qu’un simple trophée de guerre.

Le scalp

Le scalp [3] est la chevelure d’un ennemi, prélevée après avoir fait une incision autour du cuir chevelu. C’est une pratique rituelle symbolique ancienne des sociétés Iroquoiennes.

Les Amérindiens croyaient que l’esprit, l’âme résidait dans le cuir chevelu, car les cheveux continuent de pousser après le décès. Le scalp était pour les guerriers une façon de s’emparer de l’âme des morts, de leur énergie vitale. On allait jusqu’à manger le cerveau des combattants pour s’approprier leur force. C’était aussi pour retrouver une partie des proches, morts au combat et mangés par les ennemis.

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Scalp du XVIIe siècle Photo de l’un des rares scalps à avoir été conservé
Soleil, guerre et cheveux sont intimement liés dans la croyance Iroquoise. Ils sont d’ailleurs désignés par le même mot.

La peau du crâne avec sa chevelure était fixée à un cerceau décoré d’une vannerie faite de lamelles de frêne. « A l’instar de la fourrure, le scalp et le prisonnier acquirent même une valeur d’échange sur le marché colonial nord-américain » avec l’arrivée des Blancs [4].

Le sort des prisonniers

Les prisonniers qui n’étaient pas adoptés étaient utilisés comme esclaves ou tués. La mort violente était considérée comme une mauvaise mort : idéalement, il fallait mourir parmi les siens, après avoir épuisé ses forces. La torture aurait eu pour but de vaincre la résistance de l’ennemi. Aussitôt qu’il montrait sa défaillance, on pouvait l’exécuter.