Musiques

Les tondues

La Varda — 2002


Partager cette page :

  • Envoyer cette page par courriel
  • Imprimez cette page
  • Votez pour cette page sur Hellocoton
Au parvis de l’église on sonne l’armistice en ce jour de printemps
La ville tricolore en oublie tous ses morts juste pour un instant
Et tandis que la clique improvise en public une ode aux résistants
Au milieu des trompettes on a rasé les têtes de filles de vingt ans
 
Et ces deux sœurs qu’on livre au maquis fier et ivre vont payer à présent
Ils sont venus à l’aube, ont déchiré leurs robes sur l’air des partisans
Après l’ignoble tonte vint l’heure de la honte, l’heure des règlements
Elles étaient trop jolies pour avoir dans leurs lits de si mauvais amants
 
Maintenant sur la place, toute la populasse s’amasse lentement
Clouée au piloris, au nom de la patrie, quel triste châtiment
C’est la loi des vainqueurs que de punir deux cœurs pour leurs amours d’antan,
C’est le lot de la guerre que de ne durer guère jamais plus de cent ans.
 
Jetées de la charrette les belles et les bêtes vomissent leurs serpents
Vengeances et revanches se finiront dimanche face au curé rompant
Le pain pour qu’on pardonne ici bas tous les hommes et la fille imprudente
Qui eut la maladresse d’être un jour la maîtresse de ce bel adjudant
 
Petite fille mère regarde ces commères élever ton enfant
Devant la foule en liesse qui l’injure et acquiesce au mépris triomphant
C’est là son héritage une enfance en otage, c’est là ton testament
Une mère tondue que nul n’a défendu et un père allemand
 
Au parvis de l’église on fête l’armistice en ce jour de printemps
La ville tricolore se souvient de ses morts juste pour un instant
Il vous revient madame les soirs de vague à l’âme ces douloureux moments
Vous aviez il est vrai un soir collaboré horizontalement.