Poil à gratter

Mais où est donc passée ma féminité ?

Depuis mon adolescence ça dure… « Tu serais tellement mieux en jupe, comme une vraie jeune fille », « Tu devrais te laisser pousser les cheveux quand même, ce serait plus féminin »…


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« J’ai rien contre les lesbiennes, mais qu’est-ce que vous êtes masculines ! ». Et même de la part de mes sœurs lesbiennes ! Si ! « C’est bien la peine d’être lesbienne pour ressembler à des mecs », « Hommasses s’abstenir », « C’est pas étonnant qu’on dise que les lesbiennes sont presque des hommes vu votre look ! » Et j’en passe, et pas des meilleures.

Pourquoi ? Parce que je me plais avec les cheveux courts ? Parce que je ne me sens pas bien en jupe et que je ne trouve pas ça pratique ? Parce que je ne me maquille pas ? Parce que je ne suis pas la seule ?

Parfois de guerre lasse, quand j’en ai marre de voir nier ma féminité par des gens qui semblent réfléchir aux stéréotypes qui régissent notre vie environ cinq secondes tous les quatre ans, j’ai envie de hurler « Mais je suis aussi féminine que toi ! Parce que… »

Parce que quoi au fait ? Où est ma féminité ? Où réside notre féminité ?

Cheveux longs, rouge à lèvres et minijupes

Est-ce que la féminité est déterminée par la longueur des cheveux ? Non. Certainement pas. Sinon Gérard Depardieu serait féminin et Sinead O’Connor un parangon de virilité. Ce n’est donc pas la longueur de mes cheveux qui fait que certaines pécores me considèrent comme moins femme qu’elles.

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Défilé Jean-Paul Gaultier
Est-ce que la féminité est déterminée par la fréquence à laquelle on met des jupes ? Non. Sinon Jean-Paul Gaultier serait une femme. Et nous serions toutes plus ou moins masculines, surtout celles d’entre nous qui font beaucoup de sport… Ce ne sont donc pas les pantalons qui font que certaines d’entre nous doivent justifier leur féminité.

Est-ce que ça tient au fait de se maquiller ? Non, évidemment non. Pas plus qu’aux talons hauts : la majorité des femmes, dans leur vie quotidienne, sont là pour le prouver.

Certaines me répliqueront que oui, séparément, toutes ces absences d’attributs propres aux femmes ne remettent pas en cause la féminité d’une individue, mais cumulées… Oui ? Eh bien qu’on se rapporte à Alien IV. Winona Ryder a les cheveux courts, une salopette crado et pas de maquillage (enfin sauf le maquillage-du-cinéma-qui-est-fait-pour-qu’on-ait-l’impression-qu’il-n’y-en-a-pas). En plus elle jure et elle manie des armes qui feraient pâlir d’envie un troupeau de chasseurs. Et je n’ai entendu personne dire que dans ce film elle n’était pas féminine.

Alors quoi ? Si la féminité ne réside pas dans la façon dont on s’habille, où est-elle ?

C’est tout dans les ovaires !

Est-ce qu’on est féminine parce qu’on présente tous les caractères biologiques de la femelle humaine ? Non.

En effet, si la féminité se mesurait à la taille des seins, c’est la féminité de Jane Birkin qu’on remettrait en cause, pas la mienne (Eh oui, je fais du 110D... ce qui me laisse à penser que ceux qui me disent « Bonjour Monsieur » ou celles qui me trouvent masculine avec mes cheveux courts sont myopes en plus d’être étroits d’esprit...).

Même chose avec les hanches : si du temps de Colette il fallait être gaulée comme une bouteille de Perrier pour être vraiment féminine, il semblerait que depuis on se soit aperçu que toutes les femmes n’étaient pas foutues pareil (enfin je dis « on », pas tous on dirait...).

Alors où est donc cette fichue féminité ?! Ne serait-elle déterminée que par notre deuxième chromosome X, nous laissant une liberté totale sur notre physique et notre façon de l’habiller ?

Même pas. Il n’y a qu’à voir les femmes transsexuelles qui, talons hauts ou pas, débordent de féminité et, à l’inverse, certains hommes transsexuels qui, malgré leurs doubles X, feraient passer Stallone pour une folle échappée de la Cage du même nom. Et vice versa.

Où donc se niche notre féminité ? Je n’en sais rien. Partout et nulle part. Sans doute dans toutes ces choses que j’ignore et qui font que souvent on me dit : « Oh excusez-moi mademoiselle je ne vous avais pas bien regardée » après m’avoir dit : « Bonjour jeune homme ». Dans ce qui fait qu’on m’accorde immédiatement l’entrée dans un lieu non-mixte et que moi-même je ne mets pas deux secondes à distinguer une femme, même butch à mourir, d’un homme.
Sans doute parce que je suis une femme et que je me sens femme.

Alors « Cheveux longs, idées courtes » ?

Tout de même un problème subsiste. Si rien en moi ne peut finalement nier ma féminité, pourquoi est-ce que j’entends, moi et d’autres, de telles horreurs ? Pourquoi dois-je subir des remarques désobligeantes de la part d’hommes et de femmes hétéros, et même de lesbiennes ou de gays, pourtant en butte aux mêmes préjugés ?

Pourquoi est-ce que je me sens obligée d’écrire cet article où je dois rappeler que cheveux courts ou pas, jupe ou pas, je suis une femme féminine, où je justifie ma féminité ?

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Carole Onenight
La réponse est simple. Notre vie est régie par des stéréotypes physiques, sociaux et sexuels liés au genre biologique : une femme doit avoir les cheveux longs, porter jupes et chemisiers, être la femme ou la fille ou la mère d’un homme, elle est génétiquement prédisposée au ménage et à la maternité, de même qu’un homme doit avoir les cheveux courts, porter un pantalon et une chemise, être l’époux d’une femme, et est génétiquement programmé pour faire la guerre et changer des roues. Et certaines personnes semblent incapables d’aller au-delà de ça... à moins d’avoir déjà transgressé ces règles. Et encore.

Oui, et encore. Certaines lesbiennes ont compris qu’on pouvait être femme sans être hétéro, mais ne peuvent admettre qu’on puisse être féminine en ayant les cheveux courts. Et elles disent des horreurs péremptoires, et elles se permettent de remettre en question la féminité d’autres femmes, sous prétexte qu’elles-mêmes se sentent très bien dans cette image de la féminité (ou n’osent pas la transgresser...).

Alors, mes sœurs intolérantes (ou mes frères étroits d’esprit) la prochaine fois qu’il vous viendra l’envie d’employer des mots tels que « hommasse », « femme masculine », « vrai mec », « garçon manqué » en parlant d’une femme (ou de dire la même chose d’un homme...), demandez-vous donc où est votre féminité et à quoi elle tient, et au nom de quoi vous pouvez vous permettre de dire qui est féminine et qui ne l’est pas. Et dites-vous bien que si votre féminité ne tient qu’à la longueur de vos cheveux ou celle de votre jupe, ou à la façon qu’ont certains hommes de vous regarder, alors je vous plains.