Racines noires

Mariage maasaï

Kenya & Tanzanie - Afrique noire

Crâne fraîchement rasé, la mariée maasaï entame une nouvelle vie…


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Chez les Maasaï, le mariage est une grande fête où tout le village est convié. Une très joyeuse procession de femmes se forme, que la future mariée suit d’un pas lent, comme à contrecœur. Il faut dire qu’elle quitte tout de sa vie précédente et rejoint un nouveau village, où l’attend sa nouvelle demeure, et où les habitants lui donneront même un nouveau nom.

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La mariée va quitter sa famille On lui met les sandales et les habits en peau de vache. Elle n’emporte rien de chez elle, de sa vie d’avant. Photo d'Emmanuelle Barbaras - 2005

Les cheveux de la prétendante sont rasés puis sa tête est huilée avec de la graisse d’agneau. Elle est habillée d’une robe fabriquée par ses proches, parée de ses plus beaux atours, puis conduite au domicile de ses beaux-parents où elle sera bénite avec de l’alcool et du lait. Elle y restera deux jours sans voir son époux. Enfin, sa belle-mère lui lavera la tête, pour officialiser le mariage.

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Arrivée de Naisola, la jeune mariée © André Brunsperger - 1999
Le mariage n’est effectif que lorsque la mariée passe le seuil de sa nouvelle hutte, car jusqu’alors elle avait le choix de repartir : c’est son entrée à l’intérieur de la hutte qui confirme son choix pour son mari et conclut donc le mariage. Cette hutte lui appartient : chaque femme a sa propre maison, tandis que les hommes, polygames, peuvent avoir plusieurs familles.

Préparation au mariage

Même si le mariage n’est plus systématiquement arrangé on négocie toujours la quantité de bovins et d’argent que les parents du jeune homme vont donner pour la dot. Pour la plupart pasteurs nomades, les Maasaï possèdent chèvres, moutons et bovidés. Ils ont élaboré une véritable civilisation du bétail. Naissance, initiation, mariage, succession, tout s’exprime par le nombre de têtes de bovins qui changent alors de maîtres.

La société maasaï est structurée en classes d’âge spécialisées. Les hommes sont bergers jusqu’à 14 ans, guerriers jusqu’à 30 ans, chefs de famille jusqu’à 45 ans et prêtres au-delà. Les rites initiatiques, ont toujours une fonction éminente. Les cérémonies d’initiation, comme les mariages, sont l’occasion de grands rassemblements. Un certain nombre de leurs traditions demeurent, dont certaines comportent des mutilations génitales.

À 14 ans, les garçons sont circoncis. Ils quittent alors leur tribu équipés d’une sagaie et d’un bouclier, pour plusieurs années, pendant lesquelles ils essaient de chasser les troupeaux des tribus voisines. Quand ils rentrent au village, une autre cérémonie les rend aptes à se marier.

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Jeune femme Maasaï © André Brunsperger - 1999
Les adolescentes, quant à elles, sont souvent excisées, suite à quoi on les marie et c’en est alors fini de leur éducation. À l’âge de 14 ans, une cérémonie les fait accéder au rang de jeunes femmes « sinkiki ». Elles peuvent alors se marier, devenir gardiennes du village et assurer l’éducation des enfants. Deviendront leurs maris, ceux capables de tuer un lion !

L’amour est un jeu avant le mariage. Si elle nous semble libre, la sexualité maasaï est en réalité très codifiée. Pour les garçons, les rapports ne peuvent se faire qu’après la circoncision. Les filles, elles, sont initiées par les guerriers mais c’est toujours elles qui décident. Chaque fille choisit, en dehors de son clan, « un amant préférentiel » alors chargé de vendre un bœuf pour qu’elle puisse acheter des perles et fabriquer pour eux deux de magnifiques parures.

Certaines refusent l’excision

Rares sont celles qui parviennent à défier cette tradition. Malin avait 14 ans quand elle fut retirée de l’école. Son père lui avait trouvé un mari et avait commencé à négocier la dot : elle épouserait le fils d’un voisin en échange de 15 têtes de bétail. Déterminée à poursuivre des études elle écrivit aux autorités locales et alerta les médias. Ce n’est qu’au dernier moment que le mariage fut annulé et le beau-père arrêté.

Malin a pu retourner à l’école et est devenue sage-femme et infirmière qualifiée. Elle combat le mariage arrangé des filles, si jeunes : « Je sais par expérience », dit-elle, « que les jeunes filles maasaï n’ont pas à se marier très jeunes si elles ne le veulent pas. La lutte a été dure, je dois l’avouer, mais je suis très heureuse d’avoir ainsi pu changer ma vie. »