Vos témoignages

Me voici coiffeur

Témoignage de Pierre-José, coiffeur.

Me voilà coiffeur depuis maintenant dix ans. Et pourtant, au début, tout m’éloignait de cette activité.


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Né en 1962, les sept premières années de mon existence étaient ponctuées de coupes bien dégagées. Je sentais la tondeuse me remonter la nuque et les ciseaux cliqueter autour de ma tête alors que, dehors, des affiches et des magazines commençaient à montrer des garçons à la chevelure de plus en plus luxuriante.
Plus tard, j’écoutais les Beatles, les Rolling Stones, Led Zeppelin, Deep Purple et d’autres encore. Selon leur modèle, je refusais toute séance de coiffeur et ma mère dut se résoudre à prendre les ciseaux.
Elle se débrouilla pas mal durant une dizaine d’années.

Puis, afin d’échapper au diktat maternel, je me décidai à aller chez une coiffeuse qui acceptait de me couper les cheveux à dose homéopathique.

On peut être sympathique et tout de même utiliser une tondeuse ???

Lors de ma première séance chez elle, elle m’assit au coin réservé aux dames et ceci me rassura.
Les fois suivantes, elle me déplaça sur la chaise des messieurs et je me retrouvais face à deux tondeuses dont l’une me semblait particulièrement agressive. Il y avait toujours sur les lames de celle-ci quelques cheveux qui traînaient et cela me soulevait un peu l’estomac.
Les coupes se passaient aux ciseaux, puis, petit à petit, la coiffeuse s’essaya à me nettoyer la nuque avec une petite tondeuse assez bruyante. J’étais crispé sur mon siège mais en fait, mes sentiments étaient très partagés entre frayeur et étonnement.
Pourquoi étonnement ?

Tondeuse électrique
J’avais de la peine à comprendre qu’une femme puisse utiliser un tel instrument alors qu’elle représentait à mes yeux le symbole même de la douceur, de la beauté, et, par là même, l’antithèse du cheveu ras, de la boule à zéro du GI américain aux yeux injectés de sang (le Viêt-nam était encore dans les esprits car c’est à cette époque seulement qu’on en découvrait les atrocités).

J’avais alors une conception bien précise des choses :
a) Cheveux courts = violence, nausée, ordre établi et connerie humaine.
b) Cheveux longs = pacifisme, douceur de vivre, amour et beauté.
c) …

Et pourtant, cette coiffeuse me faisait soudainement douter. Elle était vraiment charmante. Et puis il y avait son chat qui venait jouer avec les mèches de cheveux coupés. Elle l’avait adopté car il traînait dans le quartier. On pouvait donc être sympathique et tout de même utiliser une tondeuse ???

« Qu’en penseraient tout ceux et celles qui me connaissaient avec les cheveux sur les épaules ? »

Les années passèrent encore et je me rendis dans d’autres salons de coiffure car mes études m’obligèrent à quitter mon village.
À chaque fois, l’expérience était la même. Des coupes, des coupes et des coupes effectuées par des personnes d’une extrême gentillesse.
Parfois, un petit coup de tondeuse sur la nuque me rappelait de me méfier des coiffeurs. Je m’imaginais parfois assis, le peignoir autour du cou, lâchant la phrase assassine : « Tout court, s’il vous plaît » ou alors « La nuque et les oreilles bien dégagées à la tondeuse ». Mais je n’osais pas !
Qu’en penseraient tout ceux et celles qui me connaissaient depuis si longtemps avec les cheveux sur les épaules ??? Je les imaginais en train de rire ou en train de se détourner, dégoûtés, en assistant à ma tonte.
J’en suis même arrivé à me faire virer de l’armée car je n’aurais pas pu accepter que l’on touche à ma chevelure. Mais ceci, je ne l’ai jamais regretté.
Puis, un jour, prétextant une éventuelle forte chaleur lors d’un voyage au Portugal, je dis à ma coiffeuse :

— Court, s’il vous plaît.
— Je vous dégage les oreilles ?
— … Oui.

Elle fit son travail tout en douceur, comme si elle comprenait l’importance que représentait cet instant pour moi.
Un dernier coup de rasoir pour nettoyer la nuque et me voilà finalement porteur d’une coupe courte qui, je dois l’avouer, ne me déplaît pas du tout.

Je me suis finalement acheté une tondeuse

Après une brève période de retour aux cheveux longs, je me suis acheté une tondeuse. Il m’a fallu environ dix minutes pour ramener la longueur de mes cheveux à 5 millimètres. Là encore, je fus surpris de voir à quel point j’appréciai ma nouvelle tête.
Les réactions de mon entourage furent diverses mais en général positives !
C’est en 1983 que j’obtins mon brevet d’enseignant et me lançai dans une carrière d’instituteur qui durera 17 ans dont 15 ans en compagnie d’enfants inadaptés à l’école officielle.
C’est cette activité qui, étonnamment, m’orienta vers la coiffure.

En effet, étant à la tête d’une classe d’adolescents, mon rôle était de les insérer dans le monde professionnel. Or, une année (en 1991 pour être précis), quatre de mes élèves montrèrent un engouement certain pour la coiffure.
Prétexte, curiosité ou aubaine m’amenant à suivre un stage de deux jours dans un grand salon de ma région. J’y fis la rencontre d’une jeune fille qui venait de terminer sa maîtrise fédérale. Cela lui donnait donc le droit de s’occuper d’apprentis.
Fort de mon expérience d’enseignant, je me prêtai au jeu du béotien instruit par cette fraîche pédagogue. Elle fut passionnante. Elle me fit travailler sur des mannequins (sur lesquels j’ai transpiré à grosses gouttes), elle m’a parlé de son métier, elle m’a montré ses cours théoriques. J’étais heureux.

Quelques semaines plus tard, je m’inscrivais dans une école de coiffure où je rencontrais encore d’autres personnes formidables. Je me souviens de ma première coupe : c’était un carré destiné à une dame d’une quarantaine d’années. Ma main tremblait sous l’émotion, la dame m’encourageait. J’étais en train de couper les cheveux d’une femme ! ! ! En rentrant chez moi, je retrouvais une mèche de ses cheveux qui s’était glissée dans la poche de ma chemise. J’étais fou de joie. Je n’avais alors qu’un seul rêve : faire de la coiffure ma passion.
J’ai ensuite travaillé à temps partiel en salon pendant une année chez une patronne qui a parfait ma formation.
Puis, heureux papa d’un petit garçon, je me suis installé, avec les encouragements de ma formatrice, dans une chambre de mon domicile. Quelques flyers dans les boîtes aux lettres alentours m’ont vite apporté une clientèle fidèle et sympathique.

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Le salon Espace 3, rue du Bourg, à Chailly

Il n’y a pas de norme.
Le plus important passe par le dialogue.

C’est en pratiquant la coiffure que j’ai vraiment commencé à apprendre bien des choses que j’ignorais :
D’abord, j’ai remarqué que la tondeuse n’était pas, comme je le croyais, un instrument uniquement réservé au sexe masculin.
J’ai aussi pu constater que bien des demoiselles aiment avoir les cheveux très courts et que cela leur va très bien. Ce sont ces filles qui m’ont appris à aimer mon métier et à ne plus porter de jugement en fonction d’une apparence.

Finalement, je crois que le plus bel enseignement que je retire de ma pratique c’est qu’il n’y a pas de norme. Le plus important passe par le dialogue avec les gens que l’on coiffe. Si ce dialogue est clair et amical, alors on comprend ce que désirent les clients. Et je sais que si quelqu’un obtient ce qu’il veut, alors il le portera à merveille et rayonnera de bonheur.
J’ai par contre en sainte horreur ces massacres de cheveux lors d’incorporations militaires ou autres engagements de force. Ces actes ne répondent pas à un désir du coiffé mais à des directives de rabaissement, d’uniformisation, de fascisation et de robotisation.
Malheureusement, ces pratiques faussent terriblement la perception que l’on peut avoir des personnes à cheveux très courts et je le déplore avec véhémence.

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Votre look personalisé par informatique
Au-delà d’une coupe, ma mission est donc d’apporter à chaque personne qui me fait confiance cette plénitude qui caractérise un travail consciencieux, réussi et décidé d’un commun accord.
S’il est vrai que j’adore monter un beau chignon, réaliser de belles mèches, une splendide couleur ou une folle coupe destructurée, il n’en est pas moins sûr que j’aime aussi raser des cheveux du moment que celui ou celle qui en exprime le désir le fait d’une manière sincère.

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Ambiance détendue
Ayant dû faire une longue démarche personnelle avant d’admettre les cheveux ultra courts tant sur ma personne que dans ma pratique, je me sens prêt à accompagner, tout en douceur, qui que ce soit dans un processus de coupe même extrême.
Je me réjouis de vous accueillir à mon salon (Espace 3) et vous fais part de mes meilleures pensées.