Vos témoignages

Ne plus nier son visage

C’est vrai qu’il y a une sacrée différence entre les hommes et les femmes à ce sujet. Encore l’un de ces domaines où l’inégalité fait rage…


Partager cette page :

  • Envoyer cette page par courriel
  • Imprimez cette page

Pourtant, au-delà de cette différence, il y a des similitudes. Moi, je me reconnais bien dans ton témoignage. Je me suis tondu complètement pour la première fois à l’âge de 25 ans. C’était il y a treize ans et la « coupe Barthez » n’était pas encore au goût du jour pour les hommes. Or à cette époque, se raser complètement le crâne pour un homme pouvait faire passer au pire soit pour un skinhead — sous-entendu individu véhiculant des idées nauséabondes — soit pour un malade du cancer en pleine cure de chimio. Au mieux, cela passait pour une lubie ou le résultat d’un pari stupide. Mais jamais cet acte ne pouvait être compris comme une quête par rapport à une image de soi. Une façon de se retrouver autrement, plus à nu. Une manière aussi de ne plus nier, en quelque sorte, son visage.

J’y rêvais depuis un bon bout de temps à cette tonte totale. Jusque là, je me cachais le visage derrière une tignasse assez longue avec une frange qui tombait jusqu’aux yeux. C’était pour moi un artifice — finalement très peu esthétique — afin de masquer mon nez qui est très grand et busqué. Je souffrais alors d’un terrible complexe par rapport à ce nez et ce depuis mon adolescence. Bref, je n’avais pas vraiment un physique à la Brad Pitt. Et puis finalement, j’ai osé… Je me suis rendu chez un coiffeur et je peux te dire que mon cœur battait fort lorsque j’ai franchi le seuil du salon de ce figaro. Je me rappelle également avoir bêtement balbutié pour signifier mon désir.

JPEG - 6.2 ko
Blaise de face
Une fois parfaitement tondu, je m’en suis retourné chez moi et me suis longuement scruté dans le miroir. Je suis même allé dans un photomaton pour tirer des portraits de mon nouveau visage, de face, de profil (pour apprivoiser mon nez ainsi mis à découvert) et de dos. Je me retrouvais face à une énigme en découvrant mon visage ainsi mis à nu. Mais ce fut aussi une expérience extraordinaire pour moi et un grand bonheur. Mes yeux, mon fameux nez, mes oreilles, mon front haut, mon crâne semblable à un œuf, tout était là comme servi sur un plateau mais sans plus de faux artifices pour nier mon essentiel. J’ai alors accepté cette nouvelle tête et ce fut une joie véritable de ne plus devoir vivre caché et masqué.

JPEG - 6.3 ko
Blaise de profil
De plus, c’est suite à cette première tonte que je me suis mis à accepter et à apprécier mon nez. En effet, je ne pouvais plus l’ignorer tellement il ressortait au milieu de ma face comme un défi. Sans plus de cheveux pour l’atténuer, il en était devenu encore plus grand, plus proéminent…

Et puis, il y a eu de nouvelles sensations, pour moi indescriptibles : la fraîcheur du vent sur mon crâne et surtout le contact avec l’eau lorsque je me suis rendu à la piscine pour nager. Ah, cette caresse de l’eau !

Pour le reste, il m’a bien fallu aussi affronter les regards des gens lorsque je me promenais dans la rue. Mais au bout de quelques jours, je me suis rendu compte que chacun est davantage préoccupé par soi-même que par les autres. Comme je l’étais d’ailleurs moi-même.

Je m’étais alors promis de demeurer complètement chauve. Mais la pression sociale, réelle ou supposée — telle que l’on se l’imagine dans son crâne même à découvert — a fait que je me suis laissé repousser les cheveux.

Et je ne me suis plus retrouvé avec une tignasse sur ma tête. Alors, je me suis à nouveau tondu une année plus tard. Et mes cheveux ont repoussé à nouveau. Et ainsi de suite… Finalement, j’ai joué au yo-yo avec mon image durant bien 10 ans.

Finalement, depuis plus de deux ans, suite à une dépression, je réalise mon désir par rapport à cette image qui est véritablement mon image. Je suis désormais un homme au crâne rasé. Mais plus personne dans mon entourage ne le remarque car à force de me voir ainsi, il ne peuvent m’imaginer autrement.

Mais il me faut bien en convenir, pour un homme, c’est plus simple. On l’accepte plus volontiers. On se dit que c’est une manière pour lui de cacher une calvitie naissante (ce qui est un peu vrai aussi pour moi).

L’essentiel à mes yeux — et c’est en cela que je me retrouve tellement dans ce que tu écris — c’est d’avoir réaliser ce travail par rapport à mon image. La vie est effectivement assez courte pour se permettre de trop tergiverser avec son désir, surtout s’il s’avère aussi inoffensif.

Je suis heureux de pouvoir partager cette expérience même si ce site s’adresse à des femmes. Mais rares, selon moi, sont les hommes qui osent s’exprimer à ce sujet…