Poil à gratter

Pourquoi faudrait-il cacher ce crâne ?

Réponse à la question d’une internaute

« Néanmoins, je ressens ce crâne nu comme une grande cicatrice, comme quelque chose d’obscène qu’il faudrait cacher. Un jour un ami m’a demandé pourquoi je cachais quelquechose que je n’avais pas. Et cette question tourne en moi comme une rengaine. Pourquoi faut-il cacher ce crâne ? »


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Eve Salvail
L’habitude veut que les femmes aient le cheveux longs et les hommes les portent courts. Même si les looks ont évolué, dans notre inconscient, et dans la société, ces schémas restent bien gravés. Et c’est effectivement difficile d’être perçue comme une femme lorsqu’on n’a pas de cheveux. Pour certaines c’est même difficile de se sentir femme, en tête à tête avec le miroir. Ou en particulier au moment de séduire un homme. Pourtant, on le sait toutes, la féminité, ce n’est pas que la longueur des cheveux. Etre une femme, c’est beaucoup, beaucoup de choses !

J’ai retourné ces questions en tout sens pendant pas mal de temps. Parce que j’ai toujours aimé avoir les cheveux plutôt courts, que je n’ai jamais eu honte de mon crâne lisse, mais que je n’ai jamais très bien compris pourquoi, à cause de cheveux en moins, on me traitait si différemment dans la rue, au boulot, ou même dans ma famille.

Les cheveux féminins représentent beaucoup plus qu’un simple atout

Dans l’inconscient social, c’est carrément le sexe féminin. Oui, j’ai bien dit le sexe : non pas la « féminité », mais l’organe génital féminin. La plupart des études sur les rêves et plusieurs essais sur la psychanalyse freudienne parlent de l’acte de couper courts les cheveux comme équivalent à une castration.
Alors tout se passe comme si, une femme sans cheveux était une femme sans sexe, c’est-à-dire pas une femme, mais pas un homme non plus, donc... pas grand chose : rien. Et c’est très dérangeant. C’est un peu... monstrueux.
C’est précisément l’effet que l’on cherchait à obtenir en tondant les femmes à la Libération : en leur ôtant leur chevelure, on leur ôtait leur sexe et on les humiliait donc profondément, on leur ôtait leur statut de femme et donc leur rôle social. On les excluait de la société en les réduisant à néant [1]. C’est dire toute l’importance symbolique liée à la chevelure féminine.

Il faut relire un peu notre histoire pour comprendre d’où ça vient.

Dans l’ancien temps, les cheveux féminins étaient tellement assimilés au sexe, qu’il fallait les cacher

Cela résulte d’un interdit religieux que l’on retrouve dans les textes sacrés des trois religions monothéistes [2]. Ensuite, pendant longtemps, sortir sans voile, foulard ou chapeau, c’était comme sortir nue. Seules les prostituées avaient les cheveux libres, et c’est bien pour cela que, traditionnellement, on représente Marie-Madeleine [3] avec les cheveux au vent.

A notre époque, nous sommes en grande partie libérés des tabous religieux, nous ne portons plus ni voile ni autre coiffe pour cacher nos cheveux, mais nous avons inconsciemment gardé le lien entre chevelure et féminité : les magazines de mode et les publicités montrent bien qu’une femme belle et féminine a forcément les cheveux longs. C’est un stéréotype, peu représentatif de la réalité : dans la rue, la réalité est très variée puisqu’on voit aujourd’hui des femmes à cheveux courts [4] et des hommes à cheveux longs, etc, etc...


Tout cela ne résout pas le problème bien réel de la perte de cheveux. Mais comprendre peut aider à mieux le vivre. Lorsque vous employez les mots « cicatrice » et « obscène »... cela fait directement référence au caractère sexuel de la chevelure... que vous n’avez plus : ce qui laisse une cicatrice difficile à vivre, comme s’il s’agissait d’une mutilation sexuelle.

La leçon que je tire de ce que m’enseigne l’histoire, c’est, comme le disent si bien Génol & Hydroquinone sur ce site : « Face à la maladie, soyez pugnaces : votre force n’est pas dans votre tignasse ! ».

C’est que je n’ai pas envie de me laisser asservir par les carcans et stéréotypes sociaux : il y a en moi énormément de féminité et ce n’est pas l’absence de cheveux qui va m’en faire douter !