Vos témoignages

Rase-toi et séduis !


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AntoineJe le sais, il aurait fallu éviter de lire ce torchon infect. Mon psy m’avait bien averti. « Les magazines féminins font de la désinformation. Ils sont strictement réservés aux femmes »… Mes yeux se sont arrêtés sur un article traitant de l’esthétique du corps masculin. En bref, il racontait que les femmes préfèrent les corps masculins entièrement épilés.

Au point où j’en suis rendu, ne devrais-je pas poser une action radicale afin d’émoustiller ma partenaire ? Je n’y croyais pas. Oh, mais pas du tout. Vous comprenez, le désespoir pousse aux incongruités les plus regrettables.

Après deux ou trois craquements, je me sentais en pleine forme. De retour au bercail, j’ai décidé de passer à l’action. Sors le rasoir et rase le torse, les aisselles, les jambes, les fesses, et les poils qui relient mon nombril à mon pubis. Je n’avais jamais été aussi nu. C’est pour une bonne cause, me répétais-je en essayant de me convaincre. En retirant mes boxers fleuris, j’ai anticipé une souffrance atroce en imaginant mon sexe épluché de mes mains malhabiles. Il me fallait de l’aide.

J’ai été forcé de faire appel aux services d’une professionnelle : une esthéticienne. Au salon, la petite esthéticienne, plutôt boulotte, me fit me détendre sur un fauteuil très confortable. Elle baissa mon pantalon et mes boxers discrètement. J’étais plutôt intimidé, mais que voulez-vous, il faut vivre de honte pour plaire à sa conjointe.

La petite blonde avait des courbes invitantes et un je-ne-sais-quoi de pulpeux. Ses techniques d’épilation avaient l’effet d’une longue caresse. Je ressentais ses fins doigts jusqu’au creux de mon dos. Et c’est là que l’humiliation totale me fit me cabrer : j’eus une érection. « Je suis désolé. Je ne pensais pas que l’épilation pouvait avoir un effet si sensuel », murmurai-je visiblement troublé. Dissimulant son contentement, elle me répondit : « Vous n’avez pas à vous en faire Monsieur, cela arrive à plusieurs clients. Et je n’ai pas encore commencé à vous épiler. Je tiens à vous rassurer, aussitôt que j’arracherai vos poils un à un, vous n’aurez plus ce sourire béat ».

Et elle s’exécuta. Elle m’appliqua une cire chaude sur la peau et plaça une bande adhésive minutieusement sur la zone à épiler. Je poussai alors un cri de mort avalant presque ma luette. « Vous avez perdu votre attitude gaillarde. Tenez bon, cela prendra une quinzaine de minutes encore », ricana-t-elle.

Quel supplice atroce ! La peau me chauffait, je ressentais le rayonnement de cette douleur jusqu’à la pointe de mes pieds si bien que j’avais de la difficulté à me mouvoir normalement. Quinze minutes d’humiliation, de souffrance et de déplaisir aigu au nom de l’esthétisme, la métamorphose s’était opérée, je devenais un autre homme.

À la maison, je préparais une surprise du tonnerre à ma conjointe. Comment la surprendre, comment lui faire voir mon androgynie retrouvée et la mener à la jouissance ? Si j’avais rasé mon crâne en plus, j’aurais eu l’air d’un personnage tout droit sorti de Star Trek. En ce moment, je ressemblais plus à un nudiste enduit de craie. Parce que je m’étais déshabillé, allongé sur le divan avec une bouteille de champagne dans la main, je pensais que mon scénario était irrésistible. J’avais aussi fermé toutes les lumières, allumé des chandelles au quatre coins du salon. J’attendais, pensif. Et le doute me reprit comme un coup de poing dans le ventre. Je souffletais. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour séduire une femme ? même celle qui partage notre couche depuis des années. Certains de mes confrères sont prêts à renier leur personnalité pour se sentir aimé, je pouvais bien renier ma masculinité pendant quelques semaines.

Quelques éternités plus tard, ma copine se pointa le nez au salon. Elle s’esclaffa aussitôt qu’elle remarqua les chandelles et l’ambiance feutrée du lieu. « Quelle belle surprise ». C’est alors, que je me levai et m’approchai d’elle le plus virilement possible même si mes allures trahissaient mon pas léger.

« Qu’est-ce que tu as fait là ? Tu as l’air d’un eunuque, d’un blanchon, d’une pâte molle enfarinée. Pourquoi tu t’es rasé au complet ? », me demanda-t-elle en pouffant de rire.

« Je voulais te plaire. C’est la grosse mode en ce moment. Approche-toi et touche, c’est doux. Ma peau est comme de la soie », répondis-je en maudissant les cieux et tous les magazines féminins de la terre.

« Si je veux de la soie, je vais aller m’acheter une blouse. Quand je t’ai rencontré, tu ne m’avais pas parlé de tes penchants », ricana-t-elle en quittant la pièce.

Il ne me restait plus qu’à me rhabiller et attendre quelques semaines afin que ma virilité resurgisse comme l’arc-en-ciel après la pluie. Mais c’est bien une mode ! Il y a bien des femmes qui adorent cela ou ai-je rêvé ?