Poil à gratter

Se raser les cheveux : un acte de transgression ?


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Transformer le corps naturel

Dans la tradition occidentale, judéo-chrétienne, le corps humain est sacré, intouchable. Mais croire que le corps est parfait au naturel, et qu’il ne faut pas y toucher, est un mythe : on se coupe bien les ongles, on se rase bien la barbe. Et les normes sociales admettent ou imposent ces transformations corporelles : se vernir les ongles, se raser les aisselles, se maquiller le visage, soigner la coupe de sa chevelure. D’ailleurs on n’a jamais fait autant de prouesses pour colorer, défriser, maquiller, rajeunir…

Modèles, top model : le corps idéal

S’il a perdu son caractère sacré, le corps est aujourd’hui soumis aux contraintes des normes sociales. Ce sont surtout les femmes qui subissent cette pression. La presse féminine impose les standards, de la couverture aux pages mode, en passant par la publicité. Il faut être jeune, mince, jolie. Il faut faire du sport, passer du temps dans la salle de bains, chez le coiffeur, en brushing, permanente, balayage, et utiliser shampoing, après-shampoing, baume revitalisant, etc. afin d’afficher la longue et épaisse chevelure requise, symbole de sensualité et de féminité. La chasse aux cheveux non conformes est déclarée : pointes fourchues, couleurs ternes, rebelles frisettes ou molles spaghettis, out !

Choisir son apparence

Prodiguer mille soins à sa chevelure pour correspondre à l’idéal féminin, pour se conformer aux exigences des normes sociales, c’est se rendre esclave au regard des autres.

Tout autre est la démarche de la femme qui se coupe les cheveux, courts, très courts ou les rase. En reprenant possession de son corps et de son apparence, elle affirme ostensiblement la rupture par rapport aux normes en vigueur, dont elle se libère, refusant d’être cette « autre sociale » dans laquelle elle ne se reconnaît pas.

La métamorphose est radicale, parce que visible et exposé au regard de tous et toutes. Mais le geste n’est violent qu’en regard de sa portée symbolique, car la transformation est d’autant plus inoffensive qu’elle est éphémère et réversible. Les cheveux repoussent vite !

Oser se montrer différente

Le crâne chauve est une marque visible, exposée au regard : elle affirme la rupture, la révolte et le profond désir d’exister en tant qu’individu.

Se présenter avec une apparence différente sollicite de la part de l’autre une certaine tolérance. Il va de soi que cette tolérance est justement le fort de la femme qui se rase les cheveux : puisqu’elle ose être elle-même et se montrer dans sa différence, elle souhaite aux autres de sentir également en harmonie avec eux-mêmes.