Histoire

« Si la femme ne porte pas de voile, qu’elle se fasse tondre ! »

Premier texte religieux imposant le voile aux femmes


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Lisez attentivement ce texte :

« Tout homme qui prie ou prophétise la tête couverte fait affront à son chef.
Mais toute femme qui prie ou prophétise tête nue fait affront à son chef ; car c’est exactement comme si elle était rasée.
Si la femme ne porte pas de voile, qu’elle se fasse tondre ! Or, s’il est honteux pour une femme d’avoir les cheveux coupés ou d’être rasée, qu’elle se voile.
L’homme ne doit pas se couvrir la tête, puisqu’il est l’image et la gloire de Dieu, tandis que la femme est la gloire de l’homme.
En effet, l’homme n’a pas été tiré de la femme, mais la femme a été tirée de l’homme (…).
C’est pourquoi la femme doit avoir sur la tête une marque de l’autorité dont elle dépend. »

D’où pensez-vous que ce texte provient ? D’une sourate du Coran ? d’une exégèse chi’ite ? d’un écrit taliban ? Que nenni. Il se trouve dans la Bible, texte religieux de référence de la chrétienté (plus précisément dans le Nouveau Testament, première épître [1] aux Corinthiens, chapitre I). C’est le premier écrit issu des religions monothéistes à avoir lié le voile des femmes à leur relation à Dieu.

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Femme voilée en signe de soumission au Christ

La Bible contient en effet des recommandations et des interdictions concernant les femmes, leur apparence physique et leur chevelure. Certaines expressions de ces premiers textes, inspirées des coutumes locales, exigent que les femmes portent un voile. Sinon qu’elles se rasent la tête !

Héritage des coutumes locales

Il faut se rappeler des circonstances historiques qui ont motivées l’écriture de ce texte. Il a été écrit au début de l’ère chrétienne, par Paul, apôtre [2] et fondateur de l’église chrétienne de Corinthe, une importante ville de la Grèce antique. Converti après la mort de Jésus, Paul est chargé de propager la foi chrétienne. Il écrivait des lettres (épîtres) pour soutenir les toutes premières communautés chrétiennes (de Corinthe, d’Ephèse et de Galate) dont il avait la charge. Dans Corinthiens 11, 1-16, Paul s’adresse donc à la communauté chrétienne naissante de Corinthe.

Paul avait entendu rapporter par certains chrétiens qui lui avaient rendu visite à Ephèse qu’il y avait à Corinthe des scènes sans retenue où certains entraient en transe et « parlaient en langue » au cours des réunions de prières. Il semblerait que, poussées par une folie extatique, certaines femmes avaient cédé à la tentation d’enlever leur voile et de dénouer leur chevelure. Peut-être priaient-elles en tenant les bras en l’air et la tête rejetée en arrière comme cela se pratiquait dans certains cultes orientaux.

Cela a dû indisposer d’autres membres de la communauté. Paul était tracassé par ces faits car ils menaçaient l’ordre et la paix. Il prit alors la décision de faire cesser ces pratiques.

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Femme en prière (orante), peinture murale, catacombe de Priscille, Rome, milieu du IIIe siècle. Les premiers chrétiens priaient debout, les paumes des mains vers le ciel.

Un facteur qui peut avoir compliqué les choses est que les chrétiens de sexe masculin avaient abandonné l’habitude juive de prier avec un manteau de prière sur la tête. Ils priaient « la face dévoilée » pour refléter la gloire du Christ (2 Co 3, 18). Peut-être certaines femmes ont-elles tout simplement souhaité faire de même. Paul tente alors d’expliquer par cette lettre pourquoi elles ne le peuvent pas.

Les femmes dans la chrétienté

Il faut se souvenir que, jusqu’il n’y a pas si longtemps, les femmes chrétiennes se couvraient les cheveux, ne fut-ce que pour sortir de chez elles. Aujourd’hui le voile chrétien n’est plus porté que de façon exceptionnelle, par les religieuses et quelques communautés traditionalistes.

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Chrétiennes voilées en prière Chrétiennes d’Irak ayant trouvé refuge en Suède, décembre 2007 LEVINE HEIDI/SIPA

Un tel texte a du mal a trouver un écho de nos jours, tant celui-ci est circonstancié dans une époque et une société éminemment patriarcale. Ainsi ce texte paulinien est devenu une source classique de confusion de la pensée théologique, et Rome admet d’ailleurs que celui-ci n’a plus de valeur normative, mais oublie l’influence négative qu’il pu avoir sur les pères de l’église et les théologiens.

Certaines expressions des épîtres de saint Paul exigent que les femmes portent un voile, qu’elles soient soumises à leur mari et ne prennent pas la parole dans l’église. L’Église elle-même, à la suite de cela, se montre misogyne à travers son histoire, discriminant les femmes, les considérant comme des créatures inférieures par nature et selon le droit.

On peut toujours supposer que cette discrimination ne relève pas de la « volonté du Christ », mais plutôt des préjugés propres de l’Église. Les textes bibliques et la tradition chrétienne n’en sont pas moins empreints de pensées sexistes directement héritées de la philosophie grecque (adoptée par les chrétiens), qui tenait la femme comme inférieure, par nature, à l’homme, et du droit romain (fondement du droit de l’Église) qui accordait à la femme un statut inférieur dans la société… Et par la suite des interprétations de certains Pères de l’église, des Ordres Religieux du premier millénaire, des théologiens et des canonistes, etc.

Au final, voilée ou rasée, la femme chrétienne n’a pas les mêmes droits que l’homme aussi bien dans son foyer que dans la société civile. Ce qui contribue à rendre ces textes et les traditions qui en sont issues franchement désuètes.