Vos témoignages

T’aimes-tu ça, toi, les tatouages ?

A l’aube de l’an 2000 (à quelques secondes cosmiques de la fin du monde, enfin, à l’échelle de l’univers), j’étais prise d’une obsession largement post-adolescente : l’envie de me faire tatouer.


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Gentiment offert par ma môman pour la Noël, je disposais d’un précieux sésame : un gros chèque genre « BON POUR UN TATOUAGE » à consommer vite vite vite avant le 31 décembre 1999 à minuit.

J’avais 19 ans, des tendances punko/grunge rural et le goût des choses étranges. Mais pas trop étranges quand même hein (tomber dans le cliché ? pfff, craignos). Je me rendais donc chez l’unique tatoueur du fief de mes origines, qui maintenant que j’y pense habitait à côté d’un Zoo (je ne pense pas qu’il y ait un rapport direct entre la profession du monsieur et son voisinage immédiat. N’empêche que ça doit faire bizarre, quand même, d’aller chez les voisins chercher du sucre pour finir son gâteau… ou bien prendre le café avec eux…)

Je n’avais à l’époque que peu de références culturelles, hélas (en ce temps-là, on avait pas l’internet partout partout, encore moins dans le Nord Isère), des tendances mystiques et une vague envie de symbolisme oriental comme unique source d’inspiration. J’espérais donc m’en remettre au Sieur Tatoueur, qui lui saurait bien me conseiller, après tout, sur ce que j’allais faire graver sur ma peau pour toujours.

Déja, déjà, mon budget ne s’avéra pas à la hauteur de l’énorme dessin que je voulais me faire tatouer sur le ventre. Et puis le Tatoueur, malin, qui connaissait bien les femmes et la vie de me dire « non-non-non, pas sur le ventre, quand vous serez enceinte, ce sera difforme, non-non-non ». Ok, ok, je n’ai pas eu besoin d’être enceinte pour voir le joli bidon de ma jeunesse (constamment exibé à l’époque) disparaître sous un coussin moelleux de chair moins ferme (mais plus confortable, ça compte ?). Nous nous mettions finalement d’accord sur LA zone la moins susceptible d’enfler en cas de consommation intensive de victuailles en tout genre : à savoir, le haut du dos (la peau, là, entre les omoplates et la base du cou, parce que vraiment, avant de pouvoir choper un bourelet à cet endroit-là, m’est avis qu’il faudrait s’en taper en masse des fondues, tartiflettes et autres racletteries ou gâteaux au chocolat).

Pour le choix du dessin, un dragon. Sans trop savoir pourquoi, mais cela semblait évident. « Oui, mais un dragon chinois ou japonais ? ». Et là, le Sieur Tatoueur de se lancer dans une vaste explication sur les différences (de fonctionnement notamment) entre les dragons japonais et chinois, le système à base d’hydrogène permettant à l’un de voler et pas à l’autre, etc. Aujourd’hui encore, je ne sais toujours pas s’il se fichait de moi ou s’il croyait vraiment à sa théorie. A l’époque, histoire de le garder dans de bonnes dispositions, j’acquiesçais gentiment, et optais pour un dragon comme celui-là, là-bas, sur la grande affiche. Bon. ça se précisait. Restait encore à causer du prix. Ayant bien heureusement hérité du gêne du marchand de tapis de mon père, je marchandais, souriais, lançais de grands regards innocents de mes jolis yeux clairs pour finir par obtenir une très belle ristourne (aujourd’hui encore, j’adore marchander… quelle victoire quand ça marche).

Ensuite, ensuite, ô joie, la réalisation. Le charcutage, quoi. Faite en deux fois si je me souviens bien, assez douloureuses d’ailleurs (car oui, là où la peau est fine, l’aiguille du Sieur Tatoueur fait mal. On ne le dit pas trop fort, mais c’est bien comme ça que ça se passe dans la vraie vie). A la deuxième séance, je me rappelle avoir vaguement geint au bout de deux heures de calvaire (genre « gnééééééééééé euh, aïe à la fin… (je suis courageuse mais quand même…) »), et que mes plaintes avaient fait peur au jeune homme qui voulait se faire tatouer des têtes de mort juste après moi. Il avait passé la tête derrière le paravent (quel indiscret) pour en avoir le coeur net, nous avait jeté un regard inquiet (très inquiet même, genre bovin) et s’était empressé de partir sans demander son reste. (Sorry Sieur Tatoueur, mais tu sais ce qu’on dit, hein, un de perdu…)

Bref, voilà, on y était, à l’orée de l’an 2000, j’étais une fille tatouée, prête à passer dans le siècle suivant (qui, de toute façon, risquait de tourner au vinaigre à cause du grand BUG… Mais bon… moi j’avais mon tatouage, alors le reste…)

Effets secondaires intéressants

Voilà, c’était il y a presque 10 ans et les effets de ce dessin à peine visible (sauf en été et pour les intimes… et les inconnus qui se permettent de tirer violemment sur le t-shirt pour voir, parce qu’ils sont vraiment trop curieux) ont été assez intéressants.

Côté homme, ah ça en général, ça intéresse, ça réchauffe et ça motive. Image coquine de vilaine fille, on va dire que globalement, ça aide à emballer (ouais, d’accord, c’est pas super loyal… En même temps, ça cache bien la timidité, alors moi je dis Cool, pourquoi se priver ?) (ouais, mais vous savez pas ce que c’est aussi, de piquer des fards pour un rien et de bafouiller en regardant bien droit dans les yeux un mec qui vous retourne les tripes pour finir par lâcher un lapsus ridicule qui vous met hors jeu ad vitam… alors hein…)

Côté homme, aussi, parfois, ça coince. Surtout certains vieux qui semblent s’offusquer (comme si vous leur aviez craché dessus ou fait pipi sur leurs chaussures) et qui ensuite vous couvent d’un regard froncé très sévère (hein, patron ?). Genre d’une façon ou d’une autre, avec votre truc de délinquante, là, vous leur faites offense. Gros yeux, réprimande. Bouuh (ouais mais même pas peur).

Côté femme, parfois ça crispe. Surtout les filles très fifilles, très correctes (propres sur elles et bien pensantes, bien maquillées, bien tendances, les filles dont on adore les paillettes et la tonne de parfum Vanille-Coco) qui vous méprisent d’un coup. A celles-là, dans le temps (et surtout si je les connaissais à peine) je disais « tu sais, j’ai fait ça en Maison de Correction, alors bon tu comprends, maintenant c’est un peu tard… » Ce qui s’est transformé plus tard en « ouais, ça craint, je sais, ça date de l’époque où j’étais en Taule »… Ok, c’est mesquin/méchant/pas bien… Mais c’était tellement bon de les voir s’étrangler d’indignation.

Côté femme, sinon, parfois c’est super cool. La tatouage marque l’appartenance au clan des filles originales voire un peu trashos (des copines potentielles quoi). En général elles-même tatouées, piercées, déjantées ou jurant comme des charretiers, ces filles-là sont celles que je préfère, de toute façon (allez fais moi un câlin, keupine !)

En dix ans, quelques rares réactions originales de gens plus ou moins connus ont été provoquées par la vision de la bête mystique.

Un jour, un inconnu (genre asiatique échappé d’un film de kung-fu), à la salle de sports, traversait le gymnase en courant, les yeux écarquillés pour le voir de plus près, le toucher, savoir si c’était un vrai MAIS TU VAS ME REPONDRE OUI ??? Ce mec-là m’avait fait assez peur sur le coup, la salle de sports étant quasi déserte, le gars en question ayant lâché au passage son Nun Cha Ku avant de foncer vers moi. Vraiment, de quoi flipper. Je m’étais esquivée genre Fille de l’Air (moi, les mecs plus musclés que moi et à moitié dingos, non merci hein, allez salut)

Un camarade d’Arts Appliqués, un peu fada, s’était bavé sur les doigts et essayait obstinément de faire partir un morceau du dragon en frottant dessus, persuadé qu’il s’agissait d’un tatouage genre Malabar que je me collais précisément au milieu du dos tous les matins (mon pauvre Patrick) Et de me dire « Non, mais allez, avoue, il est en 6 morceaux et tu te le colles dans le dos comme un puzzle tous les matins ??? » (mais oui, Pat’, tu penses, j’ai que ça à faire, hein. Et puis arrête de me baver dessus, on se connaît pas, c’est dégueu…)

Et le mieux la phrase récurrente, entendu 1000 fois, forcément, « ça t’a fait mal ? » ahahah… (Question con posée en général par un lourdingue qui essaie de faire connaissance… Sauf que moi, j’aime la subtilité, alors NEXT) Comme je le disais, oui, ça fait mal, surtout lorsque la peau est fine… Et où la peau est-elle super fine ? Sur la colonne vertébrale, notamment. Ce qui correspond, chez moi, à la queue du dragon japonais. D’où la réponse toute prête très salace pour évacuer les importuns « oui, très, et ce qui fait mal, c’est surtout la queue » (+ regard suggestif incendiaire) (voilà, c’est minable mais le courage du jeune inconnu étant ce qu’il est, cette méthode s’avérait terriblement efficace pour faire tellement flipper les gars qu’ils se barraient fissa, de peur de se retrouver attachés à un meuble… mouarff… ça marchait à tous les coups. Maintenant, je m’y risquerai plus… Parce qu’avec le temps, ils deviennent malins. Et téméraires.).

Alors tatoo or not tatoo ?

Moi je dis Oui, si ça correspond à une inspiration profonde. Oui, si ça entre en résonance avec votre monde intérieur.

Non, si c’est pour témoigner à Jean-Pierre d’un attachement certes fougueux, mais qui ne sera peut-être pas éternel.
Non, si vous êtes trop bourré pour sauter sur un pied en chantant Ne me quitte pas.

Oui, si c’est pour montrer votre vrai Vous.