Les tondues

Tondue pour avoir tenu un restaurant

Elle n’a rompu le silence que lorsque sa petite fille s’est fiancée avec un juif, car elle avait encore peur.


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C’est l’histoire d’une femme juive habitant Paris. Pendant toute la durée de l’occupation, après qu’elle se fut retrouvée veuve, elle a tout fait pour cacher ses 4 enfants.

Elle était, pour son malheur, propriétaire d’un restaurant à quelques rues d’un centre de commandement de l’armée allemande. De fait, son restaurant fut réquisitionné par l’occupant pour servir les repas à ses officiers. Elle a vécu l’occupation avec la peur au ventre d’être découverte, obligée de servir des repas aux officier d’une armée d’occupation dont l’un des objectifs était l’arrestation en vue de l’extermination de ses semblables. Peur pour elle-même et peur pour ses enfants qui étaient cachés loin de Paris.

A la libération, des « confrères » (dont tout le quartier savait qu’ils trafiquaient au marché noir), résistants de la dernière heure (et désireux de mettre la main sur son établissement) l’ont dénoncée. Elle fut « arrêtée », tondue et livrée à la vindicte populaire.

De guerre lasse elle a vendu son établissement à des profiteurs de la pire espèce, a changé de quartier, mis une chape de plomb sur cette histoire et a renié sa religion de peur que cela ne recommence.

Cette femme était loin d’être une collabo horizontale, elle n’a pas eu le choix ni pendant l’occupation, ni après, on a décidé pour elle de la manière la plus humiliante mais elle a du faire face.

C’était une mère, une veuve, une juive… c’était ma grand mère. Elle n’a rompu le silence que lorsque sa petite fille (ma sœur) s’est fiancée avec un juif car elle avait encore peur.

L’épuration n’a fait du bien qu’aux lâches qui avaient sans doute besoin de crier plus fort que les résistants pour démontrer leur patriotisme. Ils ont malheureusement traumatisé des centaines de familles.

Toutes les femmes tondues étaient, avant tout, des êtres humains. La plupart n’ont commis qu’un seul crime, celui d’aimer ; d’autres se sont vu imposer la situation dans laquelle elles se sont trouvées et, enfin, quelques unes ont peut-être réellement collaboré.

Alors, que les jugements à l’emporte-pièce et à la « tout le monde dans le même sac » nous soient épargnés. Ils sont indignes.
Merci pour ma grand-mère.