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Tondues par les allemands

À Quimper (Finistère)


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Le 2 juillet 1944, un officier Allemand, amant d’une jeune femme tondue la veille par les patriotes, porte plainte à la Feldgendarmerie. Selon la loi du Talion, il est décidé de les venger en rasant la tête de 20 Françaises dont le frère, le mari ou le père sont connus comme résistants.

Le 2 juillet, il devait être onze heures du soir. J’étais déjà dans mon lit, quand j’ai entendu « les colliers de chien », les gendarmes Allemands, frapper à la porte et monter à grands pas dans l’escalier jusqu’à ma chambre.
Je les entends encore…

Ne sachant pas où, ni pour combien de temps ils m’emmenaient, ma mère m’a donné une robe d’hiver… Ils m’ont poussé dans une voiture et j’ai été emmenée au couvent des Ursulines, qui servait de prison sous l’Occupation.
Nous étions 22 dans une grande pièce avec des lits superposés. Je n’ai pas dormi de la nuit, j’ai regardé l’aube se lever… On ne savait pas ce qui nous attendait.
Au matin, ils nous ont toutes posé la même question : « …si vous nous donnez le nom et l’adresse de résistants vous pouvez sortir. Sinon… »

Aucune n’a parlé.
Ils nous ont fait descendre deux par deux dans une grande cage grillagée. Je suis descendue la première avec une autre jeune fille.
Deux sièges nous attendaient. Les Allemands ont ordonné à deux prisonniers de nous couper les cheveux. Ces deux-là tremblaient, hésitaient.
J’ai dit à celui qui s’occupait de moi : « vas-y, avant qu’ils ne nous tuent ! »
Puis les Allemands ont réquisitionné deux coiffeurs pour nous raser complètement la tête. L’une de nous a d’ailleurs épousé son tondeur après la guerre.
En remontant au deuxième étage de la prison, on ne se reconnaissait pas entre nous. Ils nous ont reposé la même question que la première fois, puis nous ont laissé repartir.
Quand, arrivée chez moi, je me suis regardé dans la glace, je me suis sentie déshabillée…

Une modiste nous a donné des turbans pour cacher nos crânes rasés.
Une fois à Quimper, on m’a pourtant jeté des pierres, croyant que j’avais été tondue par des patriotes, après la Libération, en août 1944.

En septembre de la même année, j’ai reçu un papier, frappé du tampon de la Résistance Française et signé par le chef de la police.
Il précisé que j’avais été « Tondue », non pas par les patriotes à la Libération, mais par les « Boches » avant la fin de la guerre.
C’était important pour trouver du travail… Pour l’honneur aussi…

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16 des 22 jeunes femmes « Tondues » par les Allemands, en guise de représaille La photo a été prise à leur demande, quelques jours après la Libération, ce qui explique leur mine réjouie.
En haut, coins droit et gauche, les deux coiffeurs réquisitionnés