Épilation corporelle

Traquer la bête velue

Faut-il éradiquer le poil bestial ?

Indice de maturité, la pilosité corporelle est aussi brimée en tant que signe de l’animalité humaine : il s’agit de récuser « la bête velue » que nous sommes restés, au moins en certains points. En Occident, la sexualité et ses poils, tout spécialement féminins, ont été fortement culpabilisés.


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La féminité serait lisse…

Dans nos civilisations occidentales, on brime sont ouvertement les femmes qui oseraient porter le poil. Ainsi une femme qui conserve les poils naturels de ses aisselles est-elle assurée d’attirer les regards désapprobateurs et les remarques. Ce sont souvent les autres femmes, qui, ayant parfaitement intégré la norme dominante, se chargent de lui rappeler, la traitant de « paysanne malpropre », de « guenon à l’odeur bestiale », exhibant des « signes de virilité » propres à « faire fuir tout homme digne de ce nom », ou encore de « dégoûtante à la sexualité anormale » [*]. Ces propos, aussi durs qu’injustifiés, dénotent un refus inconscient de la sexualité et de ses signes.

Si on brime ouvertement les femmes qui osent porter le poil, l’homme qui porte la barbe et possède un torse velu est identifié comme positivement viril (selon une expression proverbiale : « Plus il est poilu, plus il est couillu »).
Cette discrimination est encore une façon de brimer les femmes dans leur sexualité, et d’en réserver l’exclusivité (et le plaisir !) aux seuls hommes.

Un conditionnement culturel

L’épilation est bien moins une affaire d’hygiène que de mode et de conditionnement culturel. Si au Japon, le moindre poil est traqué, à l’inverse, dans les pays de l’Est, on apprécie les poils sur les jambes comme signe de féminité, de chaude amante. Il suffit de se rendre dans un hammam marocain pour s’apercevoir que certaines femmes sont aussi velues qu’un homme, et, contrairement à la légende, il y a belle lurette que les Espagnoles et Portugaises ont la peau lisse est imberbe. Et cela ne fait qu’une dizaine d’années que les femmes qui s’épilent ou se rasent les poils des aisselles sont devenues majoritaires en France.

La pilosité auxiliaire adulte est émondée, épilée par de nombreuses femmes, surtout occidentales : pas de poils aux jambes, ni au maillot, encore moins aux aisselles ou sur le visage, cette censure pileuse faisant la fortune des instituts de beauté et des marchands de rasoirs. La féminité serait lisse et sans poil (mais avec une superbe crinière en guise de chevelure). Il n’y a qu’à feuilleter la presse féminine pour s’apercevoir de la prégnance de ce modèle. Pourtant l’aspect lisse mis en valeur par la photographie de mode et de publicité est obtenu a grand renfort de retouche d’image, artifice ultime parfaitement inimitable !

On ne m’aura pas !

Cependant de plus en plus de femmes résistent aux impératifs de la mode, et nombreux sont les hommes qui préfèrent les femmes naturelles et bien dans leur peau à la sophistication des modèles sur papier glacé.