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Film indien engagé — 2005

Portrait des veuves de Bénares des années 30. D’abord censuré, ce film décrit l’exploitation par les hautes castes hindoues des veuves indiennes forcées à la prostitution pour survivre.


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Le film se déroule dans l’Inde coloniale de 1938, au moment où Gandhi arrive au pouvoir. L’histoire commence le jour où Chuyia, âgée de 7 ans, perd son mari et est envoyée dans une maison où les veuves hindous vivent en pénitence. D’après les textes sacrés une femme hindoue n’a que trois possibilités à la mort de son mari : brûler avec lui lors de sa crémation, se marier avec son frère ou mener une vie de sacrifice. C’est à ce dernier choix que l’on condamne la petite Chuyia… Agées de 18 à 80 ans, ces femmes « paria » à la tête rasée, mendient pour manger et passent leur temps à prier en attendant la mort.

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L’actrice principale se fait raser le crâne, pour interpréter une veuve des années 30.

L’arrivée de cette enfant curieuse et innocente va affecter la vie des autres résidentes. Peu à peu, la présence de Chuyia va ébranler tout ce qu’elles se sont résignées à accepter et les pousser à se révolter contre la tyrannie de ce mode de vie dépassé et controversé.

Un film interdit

L’actrice principale, Shabana Azmi, s’était rasé les cheveux, le tournage devait commencer à Bénares, mais le sujet du film a soulevé une importante vague de protestations orchestrées par les associations religieuses extrémistes qui l’accusent de salir l’image de la culture hindoue. Censure, décors détruits…

La réalisatrice Deepa Mehta fut contrainte d’arrêter le tournage. On lui reprochait de vouloir salir l’image de Bénares, ville dont le fleuve est sacré, en focalisant l’attention sur la prostitution forcée des veuves. Deepa Mehta a expliqué que le film parle de « libération et d’émancipation » et ne faisait en rien tort aux sensibilités hindoues. Pour parler de « libération » des femmes, « il faut montrer l’exploitation », a-t-elle dit, appelant les Indiens à résister à une « tendance dangereuse » à l’intolérance.

L’année précédente, le film Fire, pour lequel elles avaient déjà travaillé ensemble, avait suscité la controverse et des actes de violences en Inde. Il y était question d’une histoire d’amour entre deux femmes.

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Les actrices Shabana Azmi et Nandita Das

Un cinéma engagé

Canadienne d’origine indienne, la réalisatrice Deepa Mehta fait partie de ces cinéastes indiennes résolues à mettre leur caméra au service des femmes dans un pays où la naissance d’une fille est souvent considérée comme un malheur et où les femmes mariées sont parfois brûlées vives dans leur cuisine à cause de leur dot.

Le personnage clé du film est la belle actrice et parlementaire Shabana Azmi, qui traduit son engagement social auprès de ces réalisatrices dans un discours passionné : Il y a vingt-cinq ans, je n’avais aucune réelle conviction politique. Aujourd’hui je sais que ce cinéma a la capacité de créer le climat nécessaire à une certaine évolution des mœurs. Le cinéma doit être un instrument d’évolution sociale.

Lorsque Deepa Mehta a remonté son projet, elle l’a fait très discrètement, au Sri Lanka, et avec d’autres actrices pour mieux brouiller les pistes. C’est Seema Biswas qui tient le rôle qu’aurait dû jouer Shabana Azmi et Lisa Rey celui de Nandita Das. Toutes ont rasé leur crâne.

Photos

  • Seema Biswas et Chuyia (Sarala)
  • Chuyia (Sarala) et Auntie (Vidula Javalgekar)
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